Chapitre 1

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Les paupières collées comme si elle se réveillait d'un long sommeil, Sara ouvrit les yeux. Avait-elle dormi longtemps ? Elle s'étira comme un chat.

Quelque chose clochait.

D'abord, pourquoi émergeait-elle de sa torpeur debout, campée sur ses pieds, et non pas allongée dans son lit ? Ensuite, était-il seulement possible de dormir dans cette position ? D'autant qu'elle ne portait pas de pyjama, mais des vêtements de pluie et des baskets usées jusqu'à la corde. Peut-être avait-elle eu une absence ?

Encore brumeuse, la langue pâteuse, l'adolescente jeta un regard circulaire autour d'elle. La pièce où elle se trouvait n'était pas grande, plutôt petite même, et ses murs blancs étaient loin d'être immaculés. Poussé dans un recoin comme pour l'y oublier, un lit au matelas creusé par des générations de fesses et de ventres attendait qu'on l'essaye. On avait déposé une taie et des draps propres près de l'oreiller. En revanche il n'y avait rien sur la table de chevet, sinon une petite lampe à l'abat-jour penché sous laquelle une araignée faisait de la balançoire. L'ensemble n'avait pas l'air confortable du tout, et cela tombait bien puisqu'elle n'éprouvait aucune envie de se reposer. Il lui semblait sortir d'un sommeil de trois siècles. C'était bien assez pour le moment.

Elle tourna la tête, et une douleur désagréable lui électrisa la nuque. Chaque geste lui demandait un effort. Le regard fixe, elle bâilla et fit craquer ses phalanges. Secoue-toi, pensa-t-elle, allez, fais un effort...

Une boule d'angoisse irradia soudain dans son ventre. Une certitude venait de la heurter : elle n'avait jamais mis les pieds ici. Elle ne savait pas où elle se trouvait, ni comment elle y était arrivée. Cet endroit lui était inconnu.

Le cœur battant dans sa gorge, elle se précipita sur la porte et empoigna son gros bouton noir à deux mains. Elle le tordit dans un sens, puis dans l'autre, avant de le faire jouer n'importe comment et de toutes ses forces. Mais la porte était verrouillée.

— Ouvrez ! hurla-t-elle, et sa gorge la brûla comme s'il s'agissait des premiers mots qu'elle eut jamais prononcés. Je suis enfermée !

De l'autre côté, un rire à peine audible acheva de la mettre en colère. De rage, elle donna un coup d'épaule dans le dur du bois et un éclair de douleur lui cisailla tout le côté droit. Elle comprenait pourquoi les animaux qu'on emprisonnait dans des cages avaient toujours cet air résigné et furieux. Tous ses muscles étaient engourdis, et sa poitrine l'élançait comme si une balle de tennis l'avait frappée de plein fouet. Le souffle court, comme empesé. Furieuse, elle se redressa sur ses pieds et tambourina contre le mur.

— Je vous ai entendu ! Je vais appeler la police !

Des coups résonnèrent au plafond, et Sara devina qu'elle n'était pas la seule à être prisonnière ici.

Cette chambre avait les proportions d'un cube. C'était comme si on l'avait enfermée à l'intérieur d'un gros dé à six faces. Mis à part les rideaux qui bouchaient la fenêtre, la liste du mobilier n'était pas longue : un lit, une table de chevet, une table, une chaise et une étagère branlante vissée au mur. Pour un peu, elle se serait crue en prison. En prison... Elle palpa les poches de son manteau de pluie, puis celles de son jean à la recherche d'un téléphone portable ou d'un portefeuille. Elle n'avait rien sur elle. On avait dû la droguer avant de la dépouiller et de l'enfermer dans cette cellule. Ça ne pouvait être qu'un enlèvement – d'ailleurs, juste avant cela, elle se trouvait encore...

Elle se trouvait encore...

Où ça, déjà ?

Pétrifiée par le gouffre qu'elle devinait en elle, Sara tangua avant de s'écrouler à quatre pattes sur la moquette. C'était une moquette grise, terne, tachée ici et là, une moquette tout ce qu'il y avait de plus triste et de plus banal, qui sentait la poussière et l'ennui.

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