Déconvenues

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La matinée était déja bien entamée lorsque Leandru et Elisabetta descendirent à la salle à manger pour prendre leur petit-déjeuner. Teresa, déjà occupée avec ses clients depuis l'aube, avait laissé un mot pour le couple où elle leur demandait de ne pas se rendre à la mairie sans Pierre.

Les deux jeunes gens furent tentés de ne pas obéir à cette injonction mais après quelques instants de réflexion, ils convinrent que Teresa Venazzi n'avait sans doute pas tort.

Leandru s'était senti soulagé de ne pas devoir faire face au regard perçant de sa tante car il savait qu'elle aurait immédiatement remarqué la gêne entre Elisabetta et lui.

Lorsqu'il s'était réveillé, il avait très vite compris que la jeune femme était encore sur la défensive malgré la nuit qu'ils venaient de passer ensemble. Tandis qu'elle se trouvait à la salle de bain, Leandru avait ramassé ses vêtements qui avaient valsés un peu partout dans la pièce la veille puis il s'était assis sur le lit et il avait contemplé les draps froissés.

Il s'était alors demandé si Elisabetta regrettait de s'être jetée de la sorte dans ses bras. Ils avaient été séparés si longtemps...Peut-être...peut-être que cela n'avait été que du désir et non de l'amour ?

La gorge nouée, Leandru avait regardé sa compagne revenir près de lui et il n'avait pu se retenir de lui demander si elle l'aimait toujours et surtout si elle l'aimait comme avant.

Elisabetta avait parue choquée par sa question mais elle était venue l'embrasser tendrement et elle l'avait rassurée sur ses sentiments.Cependant,Leandru avait eu le sentiment qu'elle se forçait. 

A présent, ni l'un ni l'autre ne parlait tandis qu'ils se restauraient.

Le silence devint intolérable pour Leandru qui repoussa sa tasse de café brutalement devant lui. Il regarda Elisabetta droit dans les yeux et quand il vit qu'elle semblait effrayée, ce fut trop pour lui.

- Bon sang Lisa, pendant combien de temps vas-tu me regarder comme ça ? Qu'est-ce que je dois faire pour que tu me pardonnes ? Tu ne penses pas que c'est déjà assez difficile pour moi ?

Incapable de supporter le silence d'Elisabetta plus longtemps, le jeune homme se leva de table et il partit trouver refuge dans son ancienne chambre. Il ne comprenait plus rien : la veille, elle s'était jetée dans ses bras, le suppliant presque de lui faire l'amour et à présent, elle le regardait comme s'il la dégoûtait.

Quelques minutes plus tard, Leandru entendit quelques coups légers frappés à sa porte mais il resta silencieux.

Elisabetta apparut alors dans l'encadrement, le visage baigné de larmes et en ne cessant de demander pardon à son compagnon.

Le corse la laissa exprimer son désarroi, ses craintes de ne plus se sentir aimée comme avant, son sentiment de trahison même si elle avait bien conscience que Leandru, durant son séjour forcé en Allemagne, n'était plus tout à fait lui-même.

Lorsqu'elle se tut, le jeune homme ne parvint pas à se sentir rassuré et il préféra garder le silence.

Peinée, Elisabetta s'approcha alors de son compagnon :

- Est-ce que tu veux encore de moi Leandru ? Qu'est-ce que je suis pour toi à présent ?

Choqué, Leandru dévisagea la jeune femme avec incompréhension : comment pouvait-elle penser une chose pareille ?

Il prit alors son visage entre les mains :

- Regarde-moi Lisa. Je te l'ai dit, je te le répète, il n'y a qu'une seule femme qui compte pour moi. Toi. Non, il y en a deux en réalité : toi et notre fille.

Cum' un cantu di libertaWhere stories live. Discover now