Chapitre 21

1.5K 171 8

Plus les jours passaient plus j'avais des discussions importantes avec mon père. Il me rappelait le rôle de l'homme dans une vie de couple marié, le rôle de la femme aussi. Le respect que je devais toujours lui apporter, sans jamais l'oublier. Il me rappelait que la femme était une douceur que je devais traiter avec amour. Puis il m'a parlé des responsabilités qui pesaient désormais sur moi, si elle disait oui: je devais subvenir à ses besoins, lui offrir ce qu'elle me demandait, quand je le pouvais et si c'était accepté dans la religion.

J'avais regardé pour prendre un appartement, au cas où Wafa  accepterait ma demande en mariage et j'avais trouvé de jolies choses.. alors il me restait simplement à la convaincre ..

Ce matin, après Fajr mon père m'a dis: c'est aujourd'hui. C'est aujourd'hui ton jour.

*Quoi? Aujourd'hui ? Obligatoirement ? J'avais si peur, peur qu'elle ne veuille pas de moi. J'ai imaginé des dizaines de scène mais j'étais vraiment pas prêt. J'étais tellement stressé, de la revoir enfin, après si longtemps. J'avais tellement hâte, hâte de l'aimer pour la vie.* voilà ce que je me répétais, pour me donner du courage.

J'ai enfilé un Qamis blanc, j'ai brossé ma barbe. Pas de parfum, mais j'ai soigné mes cheveux. Je me suis longuement regardé dans le miroir ce matin, je me disais .."tu vois, j'l'avais dis, j'la marierai ma perle...".
Ma mère avait mit son plus beau foulard, s'était apprêtée comme pour les grands jours. Je savais que la route allait être longue pour elle, qui vieillissait à vue d'œil. Pour mon père aussi d'ailleurs, qui avait enfilé son plus beau Qamis, tout autant stressé que moi.

Mes deux frérots m'ont serré dans leurs bras et ont croisé les doigts pour moi. Cette journée allait être une journée riche en émotions. C'était là que se jouait la tournure de ma vie. J'ai pris le volant au levé du soleil, la route était longue pour la rejoindre. Et plus je me rapprochais d'elle plus je me sentais moi-même, plus je me sentais comblée par la présence de ma moitié.

Au bout de trois bonnes heures de route je m'étais arrêté pour faire une pause: boire un café avec mes parents, manger quelque chose. Je me suis éclipsé dans les toilettes et j'ai appelé Wafa:

Wafa: Salam aleykum

Yazid: Wa aleykum salam mon ange...

Wafa: C'est pour ?

Yazid: Te demander pardon pour mon absence, mais j'suis là, j'ai jamais été autant présent que maintenant ..

Wafa: Tu dis toujours ça, tu dis qu't'es là, mais tu mens. Tu m'dis d'être patiente, de t'attendre, de continuer à t'aimer mais j'en ai marre Yazid. Arrêtes de me mettre sur le côté, arrêtes de disparaître. Arrêtes tout ça, sinon c'est moi qui arrêtera tout.

Yazid: un jour j't'ai promis que j'viendrais te chercher, alors j'vais venir te chercher. Habillés-toi, j'arrive wAllah.

Et j'ai raccroché. Je l'ai laissé dans son angoisse. Perdue entre le stress et la joie de me retrouver. Je savais qu'elle se demandait si c'était vrai, si j'étais sur la route, si je venais vraiment la chercher ou si encore une fois j'allais la décevoir. Mais elle allait en avoir la preuve.

J'ai repris la route et ma mère ne tenait plus en place, toute excitée à l'idée de la rencontrer. C'était insoutenable. Je me suis arrêté acheter un gros bouquets de rose rouges. Ma mère avait cuisiné toute la nuit et avait acheté un bougeoir oriental, au cas où sa maman dirait oui pour accepter son fils. Elle était belle, radieuse. Si heureuse à la simple idée qu'elle puisse dire "oui".

Cette fois-ci, j'étais garé devant chez elle. Je ne pouvais plus reculé. Je suis resté statique, assis dans la voiture et c'est grâce à mon père que j'ai eut le courage d'y aller. "Viens mon fils, ça va aller, place ta confiance en Allah, comme tu l'a toujours fait. Tu es un homme, un homme pieux. Si cette femme t'aimes, elle acceptera ta demande.."

Mais papa, tu sais pas toi. Tu sais pas à quel point on s'est fait du mal elle et moi. Tu sais pas tout s'qui s'est passé, tout s'qu'on à déjà enduré. Tu peux pas savoir à quel point ces derniers temps c'était compliqué entre nous, parce que j'voulais tout préparer discrètement et que j'avais plus le temps pour elle. Et tu sais pas, combien d'fois j'l'ai fait pleurer, les pêches que j'ai accumulé avec ses larmes et j'sais que j'vais le payer. Papa tu sais pas, que si l'idée lui passe dans la tête de dire "non", j'vais mourir. Mourir de l'intérieur. Mon coeur va se briser et son sourire va piétiné les morceaux étalées tout au fond de mon corps. Et j'pense que j'la mérite pas du tout, j'ai tant de chose à me faire pardonner, tant de temps à rattraper. J'l'ai tellement fait galèrer, elle m'a tellement blessé dans le passé, que j'me demande si on pourra vraiment se pardonner et tout oublier. J'me demande si on arrivera à avancer, juste nous deux, sans personne a nos côtés. J'ai tellement de question papa, j'ai tellement peur, peur de tout ça. Et j'crois que j'ai peur de vous laisser aussi, j'ai peur de partir, peur qu'il vous arrive quelque chose quand j'serai pas là. J'ai peur que vous ne l'aimiez pas, qu'elle ne vous plaise pas. Elle est tellement différente de moi.... j'ai peur. Papa.

Derrière la rétine de Yazid (TOME 2)Lisez cette histoire GRATUITEMENT !