Samuel (5) - dix-sept ans, deux mois et douze jours. ( NV)

50 9 4
                                          


Quand j'arrive enfin au refuge, Rhys m'attend de pied ferme.

— Alors comme ça, tu es allé traîner avec Dylan à la Rose rouge, me lance-t-il dès que j'ai mis un pied à l'intérieur.

Twitch, assis à côté de lui, m'adresse un regard désolé. La nervosité accentue encore ses tics. Tout son corps est agité de soubresauts involontaires.

— S'cuse-moi, mon pote. Je savais pas. Sinon, tu te doutes bien que j'me serais pas pointé ici.

Rhys se tourne vers lui :

— Heureux de voir que je peux compter sur toi, Dylan.

Le visage de mon ami s'empourpre.

— Ce n'est pas ça. Vous savez bien que vous pouvez avoir confiance en moi, mais... C'est que... enfin... Sammy est mon meilleur copain.

Une lueur amusée apparaît dans le regard de l'ancien militaire. Personne ne peut résister au charme enfantin de Twitch. Il a beau avoir presque quinze ans, il ressemble encore à un petit garçon avec sa bouille ronde et ses mèches d'un bleu électrique qu'il entoure convulsivement autour de son doigt.

— Je sais Dylan. Maintenant, laisse-nous. Je dois parler avec Samuel.

Twitch se lève si brusquement qu'il envoie valser la chaise en plastique sur le sol. Il la relève en bafouillant. Le rouge de ses joues jure avec la couleur de ses cheveux. Les yeux rivés sur ses vieilles baskets, il se dépêche de rejoindre la sortie.

— Vraiment, vraiment désolé, Sammy, chuchote-t-il en passant à côté de moi.

Je lui souris pour lui signifier que je ne lui en veux pas. C'est moi qui ai déconné. Pas lui. L'appréhension me gagne tandis qu'il disparaît dans le trou. La suite des évènements risque de se révéler beaucoup moins drôle pour moi.

— Assois-toi, me lance le Général en désignant le siège en face de lui.

— Mais je suis couvert de poussière. Attends au moins que...

Le regard qu'il me jette m'arrête immédiatement. Je me tais et m'installe à l'endroit indiqué, avec la désagréable impression d'avoir de nouveau cinq ans. Il me toise pendant un moment sans rien dire tandis que je fixe le plateau rayé de notre bonne vieille table de camping. Je sais que j'ai trahi sa confiance et si je ne le regrette pas, je n'en suis pas fier pour autant.

— Où étais-tu ? Finit-il par lâcher.

— À la surface, je murmure.

Je m'attendais à ce qu'il me crie dessus, qu'il me traite de pauvre idiot, de sale petit ingrat, d'imprudent sans cervelle. À la place, il demeure étrangement silencieux.

Au bout d'une éternité, j'entends sa chaise racler contre le sol. Je relève la tête et le vois se diriger vers le coin cuisine. Il remplit une casserole d'eau qu'il pose sur le feu. Il reste là, sans prononcer un mot ou me lancer un regard. Comme si je n'existais plus pour lui. Cette absence de réaction est pire que tout. La colère finit toujours par passer, mais ça... Je crains que notre relation ne s'en remette jamais. Je me lève à mon tour et fais quelques pas vers lui.

— Je sais que j'ai merdé, Rhys. Tu as toutes les raisons du monde d'être furieux contre moi, mais je t'en prie, dis quelque chose.

Il se retourne lentement. Il me semble soudain beaucoup plus vieux, comme si le poids de toutes les épreuves qu'il a traversées lui était tombé d'un coup sur les épaules.

— Je ne suis pas en colère, Samuel, me détrompe-t-il d'une voix lasse. Juste fatigué. Je croyais vraiment qu'on avait dépassé ce stade, qu'après toutes ces années, tu me faisais enfin confiance.

Le pays des enfants parfaits ( En cours de réécriture)Là où vivent les histoires. Découvrez maintenant