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12 octobre 2002, 17h56...
Hotel Grand Bukhara, Bukhara, Ouzbékistan...

Max et sa femme étaient arrivés en ville quelques heures plus tôt seulement et ne comptaient pas passer plus d'une nuit sur place. Depuis un peu plus d'un mois, c'était leur mode de déplacement : jamais plus de vingt-quatre heures au même endroit. Cela demandait une forme physique que la jeune femme ne possédait pas en se lançant dans l'aventure. Les nuits étaient toujours très courtes car ils quittaient souvent les hôtels avant le lever du soleil.

Après leur périple jusqu'au Texas, le couple Matthews rejoignit le Mexique sans encombre. Ce fut leur seule halte de plus d'une journée. Le temps pour Max de récupérer les faux papiers pour Lindsay. En préparant sa fuite, avant de retourner à Brooklyn, Max avait déjà fait fabriquer un faux passeport pour lui. Lors de leur visite ensemble, Lindsay dut faire des photos avec ses cheveux décolorés et coupés bien plus courts. Ils avaient ensuite rejoint Mexico où ils prirent un avion pour Athènes. Ce fut le seul avion qu'ils empruntèrent. Lindsay n'eut malheureusement pas le temps de faire du tourisme et ils reprirent immédiatement la route. Entre bus, train, stop et marche à pied, ils ne s'arrêtaient pratiquement que pour dormir ou faire le point sur leurs économies.

Parfois, Max s'introduisait dans une maison pour y récupérer quelques biens. Que ce soit de la nourriture, des vêtements ou de l'argent. Ainsi purent-ils survivre malgré le peu de liquide qu'ils avaient eu au départ. Entre l'argent qu'avait retiré Lindsay le jour de leur fuite et ce que Max avait voler un peu partout, ils avaient finalement eu juste ce qu'il fallait pour payer le faux passeport et les billets pour l'Europe. La jeune femme s'étonna que Max ne prenne pas un vol direct pour le Japon ou la Chine, mais ce dernier expliqua qu'il avait peur d'être tracé. En faisant ce long détour par le vieux continent, ils avaient bien plus de chance de semer leurs poursuivants. Car il ne fallait pas compter sur le fait que la LOTUS abandonne les recherches. S'ils avaient peut-être un doute au début, la disparition soudaine de Lindsay et de si grosses sommes sur leurs comptes ne porterait pas à confusion : ils étaient réunis et en cavale. La société secrète était donc après eux. Il n'y avait aucun doute à ce sujet, selon Max.

Alors, ils continuèrent leurs mouvements erratiques avec le fol espoir de réussir à perdre la LOTUS. Max imaginait qu'ils avaient encore peut-être un mois avant que ses anciens patrons ne laissent tomber les recherches. C'était le temps qui s'était écoulé avant qu'on arrête de lui parler de Venus de Witford. Malgré tout, il était également possible qu'on ne lui en parlât plus, mais que les recherches se poursuivissent malgré tout. Ce n'était finalement pas dans les habitudes de la LOTUS d'abandonner.

Max Matthews était dans le petit magasin du rez-de-chaussée, en train de choisir un paquet de chips pour le repas du soir, pendant que sa femme prenait une douche dans leur minuscule chambre. C'était leur premier hôtel depuis un peu plus d'une semaine. Ils avaient couché à la belle étoile, la plupart du temps, dans une voiture, la veille, et dans une gare, trois jours plus tôt. La douche était devenue un véritable luxe. Malgré ce style de vie très loin du confort new-yorkais, Lindsay restait d'humeur égale. Elle souffrait physiquement de cet exil forcé, mais n'en fit jamais le reproche à son mari. Elle se pliait à la moindre de ses exigences sans poser de question, la plupart du temps. Il ne lui avait plus demandé de se promener nue dans un espace public, mais il l'embarquait cependant parfois dans des quartiers louches, lui faisait manger des insectes ou des serpents grillés et jamais elle ne se plaignait. Elle avait certes intégré que le confort était un souvenir et que leur survie dépendait en grande partie de leur comportement, mais Max devait avouer qu'elle avait fait preuve d'une capacité d'adaptation frisant le miracle. Il lui en avait d'ailleurs fait le compliment à plusieurs reprises. Malheureusement, à part avec une douche de temps en temps, il ne pouvait pour l'instant se permettre de la remercier autrement que verbalement. Et cela lui pesait. Aussi, ce soir, acheta-t-il également un minuscule bouquet de fleurs. Ils devraient le laisser le lendemain pour poursuivre leur route. Cependant, au moins pour la nuit, leur chambre ressemblerait à celle de simples touristes en voyages d'agrément.

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