"Salut"

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J'ai craqué, tu le sais, tu le sais très bien, tu m'as lu. J'ai tenté le destin, réinstallé cette application par laquelle on s'était rencontrés, joué aux dés avec lui, pariant que je ne te parlerais qu'à la condition expresse que tu sois aussi connecté, en même temps que moi. Un pari équilibré tu ne trouves pas ? Je m'étais dit que je prenais peu de risques, tu n'étais pas souvent sur ton téléphone, sûrement dans d'autres bras, ...

Mais non, tu étais là. Moi qui ait toujours eu un esprit plutôt cartésien, je dois avouer que notre histoire m'aura fait croire au destin et qu'il me semble que celui ci continue à se jouer de nous. Depuis une semaine cette envie de te parler me torturait, ruinait mes nuits, mes matins, mes réveils, courait dans ma tête en continu. Il m'aura fallu une semaine pour lancer ces dés et venir te parler.

Et tu m'as répondu. Moi qui m'étais attendu à un échange court, rapide, froid et distant, je me suis retrouvé à te parler durant quatre heures avant de devoir me prétexter une sortie, une excuse, une porte à la dérobée. Bien sûr j'aurais voulu croire à un film, te voir revenir dès les premiers messages, mais je savais que cela n'arriverait pas. La vie n'est pas un film, même si parfois on aimerait tellement. Mais cet échange était beau, en douceur, tous les deux soulagés de se retrouver un peu, d'avoir des nouvelles de l'autre, exprimant ce manque en pointillés des deux côtés.

Ca m'a fait bizarre de renouer ce contact avec toi, j'aimerais dire que je me suis senti mieux, mais ce serait un mot bien mal choisi. Je me suis senti soulagé certes, comme si un poids m'avait été ôté, mais toujours les même questions me taraudent. Toujours cette impression infinie que notre histoire n'est pas encore terminée, que je n'arrive pas à me sortir de la tête. Mais dieu sait qu'en te parlant j'ai pû voir ce gouffre qui nous séparait, ces années d'apprentissages, de "claques dans la gueule" que j'ai déjà prises et que tu commences seulement à enchaîner.

Je n'ai même pas été blessé d'apprendre que tu avais été dans d'autres bras. La colère que j'ai ressenti par contre que ces bras t'ait rejeté, bafoué, cette colère je ne saurais l'exprimer. Bien sûr je ne t'en ai rien dit, t'assurant simplement que je n'avais aucun ressenti à ton égard, ni désir de vengeance. Même si je n'ai pû m'empêcher de sourire à cette ironie du destin de te faire vivre ce qui m'avait fait souffrir dans notre relation. Même si derrière ce sourire se cachait cette question : "maintenant que tu as comparé, dis quand reviendras-tu?"

Te reparler m'a surtout fait me rendre compte d'autres choses. Qu'autant que je voulais les oublier mes sentiments pour toi étaient toujours présents, et demanderaient encore du temps. Mais aussi que je n'étais pas prêt à chercher d'autres bras, que tu étais encore en moi. Oui tu m'as dit clairement que tu voulais pour moi que je puisse avancer, mais notre histoire mérite sans doute cette pause. Parce que tu ne peux autant me manquer sans que je n'ai l'impression de nous trahir en cherchant une consolation chez autrui.

Je ne sais pas ce que donnera cette ligne de communication à nouveau ouverte entre nous, je tente de mon mieux de ne pas interpréter ce que tu dis, de la jouer amicale quand je voudrais te dire à quel point tu me manques, ... Peut être avions nous besoin de ces quelques heures à se reparler pour avancer tous les deux, peut être que nous nous reparlerons plus, peut être nous reverrons nous ? Je sais ce que mon coeur espère, même si mon esprit n'est pas forcément en accord.

Alors je m'en remets de nouveau au destin, peut être un ultime pari, mais je lève les mains sur ma vie sentimentale, décidant de lui laisser la barre et advienne que pourras. Parce que je ne suis pas capable de mener à bien cette part de ma vie pour le moment, je préfère me dire que si l'on doit se retrouver, le destin s'en sortira, il a déjà fait tellement pour que l'on se rencontre. Et que si ce n'est pas destiné à arriver, peut être mettra-t'il sur ma route quelqu'un d'inattendu qui me permettra de t'oublier, qui sait ? Je ne rejette plus aucune possibilité, je refuse juste d'y naviguer par moi même. 

Lettres à un étrangerRead this story for FREE!