Détacher

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C'est étrange comme on souhaite que la réalisation emporte avec elle la douleur mais que jamais elle ne le fait. Bien sûr j'ai enfin commencé à réaliser que la relation que j'avais romancée n'était pas celle que j'avais vécue, mais cela n'empêche pas le manque. Car malgré tous ces défauts et erreurs que je continue à te trouver et qui s'amoncellent dans mon esprit, mes sentiments pour toi, eux, ne diminuent pourtant pas.

Bien sûr je réalise que j'ai beaucoup trop investi, encore trop donné, mais cela n'ôte pas l'amour que je te porte. Le temps guérira la douleur, mais les sentiments resteront en pointillés, légère cicatrice sur le coeur. Je sais que je garderai de multiples moments magiques de notre rencontre et que tu garderas une place spéciale dans mon coeur, mais je sais aussi que je dois avancer et accepter de doucement te lâcher la main.

Déjà la distance se creuse et je commence à écrire à ta mère, pour lui exprimer une dernière fois ma reconnaissance et lui dire au-revoir, avant de couper les ponts avec toi. Tu vois il m'aura fallu tout ce temps pour poser cette action que j'avais reprise si vite. Mais même si l'on aimerait que l'être aimé reste dans notre vie, même comme ami, force est de réaliser que ce n'est pas du domaine du possible. On garde toujours une affection particulière pour quelqu'un que l'on a aimé, une place unique pour une personne qui nous a vraiment rendu heureux, mais ces personnes ne sont pas appelées à devenir de simples amis.

Et puis au fur et à mesure que je t'écris, je te laisse partir en même temps que je m'éloigne. Pour la première fois depuis notre rencontre j'accepte de te tourner le dos. Parce que je sais que tout ce que je pourrais voir de ton côté ne ferait que me blesser et que si je veux avancer je dois accepter de te laisser exister uniquement dans mes souvenirs. Si tu savais comme c'est difficile, car maintenant c'est moi qui ait l'impression de rompre avec toi, de t'abandonner à ce que la vie t'apportera.

J'aurai attendu longtemps un signe de toi, un geste, une discussion. Mais maintenant je réalise que ce signe je l'attendais déjà depuis des mois. Que si j'étais si profondément triste à chaque fois que je buvais un peu trop, ce n'était pas dû à l'alcool, mais au fait que graduellement, je devenais de plus en plus malheureux dans notre relation. En attendant ce signe, je compromettais de plus en plus mes rêves, mes espoirs, risquant même de mettre en péril tout ce que j'avais réussi à construire jusque là. On est cons quand on est amoureux n'est-ce pas ? Cette capacité à s'abandonner totalement à un autre est à la fois magnifique et terrifiante.

Tu sais que je n'arrive même pas à t'en vouloir ? Je m'en veux même un peu de ne pas avoir réalisé plus tôt. Parce qu'aux premiers signes j'aurais dû sonner l'alarme et non continuer à faire tous les efforts. C'est ironique, mais peut être que si j'avais pris le temps d'exprimer ma tristesse, les actes blessants que tu posais, peut être aurions-nous pris un autre chemin ?

Ou peut être t'aurais-je quitté, et serais-je assailli maintenant par les remords, pour me rendre compte que tu avais déjà emprunté un chemin partant loin de moi. Je ne t'en veux pas, parce que je sais que tu n'as jamais prémédité le moindre de tes actes. Parce que ton honnêteté était ce que j'admirais le plus chez toi et que je sais que tu t'es retrouvé toi aussi perdu devant tes actions, n'arrivant sans doute plus à te comprendre toi même.

Lettres à un étrangerRead this story for FREE!