Puzzle

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Tu sais la seule chose qui me met hors de moi par rapport à tout ça ? La seule qui me pousse à parfois être en colère et t'en vouloir ? C'est l'incompréhension. Des séparations j'en ai vécues, j'en ai vécu beaucoup. Mais jamais aucune séparation ne m'est paru aussi absurde, aussi dénuée de sens. Parce que tes bras ne mentaient pas lors de notre dernier soir, parce que tes lèvres, tes mots, tout en toi évoquait l'amour que tu me porte. Même notre dernière étreinte était celle d'êtres profondément amoureux et non de ces étreintes d'adieux emplies de tristesse. Juste une nouvelle démonstration de l'amour que l'on se porte

L'incompréhension car face à tout ce que je représentais à tes yeux quand tu me voyais, tu as préféré substituer les doutes qui te prenaient pendant mes absences. Parce qu'au lieu de venir m'en parler, tu les as laissé te dévorer, au point de nous détruire, avouant toi même que tu ne comprenais pas "ce qui te manquait".

Ce puzzle insolvable quand à tes yeux j'avais été l'homme parfait et la plus belle de tes relations. Que même en me voyant tu voulais reprendre l'ensemble de tes mots, oublier cette décision absurde, ce non sens total. A tes côtés ce soir là, je voulais tellement sauter sur l'occasion, te dire que oui, on pouvait oublier cet instant de doute, continuer à joindre nos paumes autant que nos corps.

Mais ce soir là j'ai du accepter que te suivre là dessus, c'était démarrer un chemin de croix qui ne ferait que me faire souffrir. Que quoi qu'il arrive il fallait que nos chemins se séparent pour que tu arrives à comprendre. Peut être pour revenir, fol espoir. Mais peut être aussi pour enfin dépasser tes démons, grandir, vaincre ces angoisses qui te dévorent. Et je m'excuse de t'étaler comme cela sur le papier, mais je pense que tu pourras me le pardonner. Non pas parce que tu t'en veux, mais me pardonner parce que tu me connais. Tu sais que tout cela n'a pas pour but de te blesser, mais d'avancer. Et que même séparés, je continue à m'inquiéter pour toi.

Alors que j'assiste à ta vie depuis les gradins, je te vois avancer et je vois toutes ces choses que tu ne peux me cacher. Je vois la tristesse qui voile ton regard sur les photos qui passent. Parce que je le connais ton regard, j'ai tellement plongé mes yeux dans les tiens que je connais le moindre recoin de ton iris. Et que si les yeux sont les miroirs de l'âme, je suis devenu un lecteur assidu de la tienne, même à distance. Et cette question permanente d'essayer de comprendre ta décision, notre absence de communication, la nécessité de toutes ces blessures mutuelles. Des mots qui s'enfilent à la recherche de sens, exprimant une seule et même question : Pourquoi ?

Et puis au creux de moi cette sensation étrange qui étrangement atténue la douleur. Loin d'être un espoir qui me dévorerait, j'ai la certitude que nos chemins se recroiseront, pour des raisons qui m'échappent. Comme je t'ai dit, ce n'est même pas un espoir, plus une vérité absolue sortie de je ne sais où. Je ne sais même pas te dire la forme que cela prendra, ni ai la moindre idée de la temporalité, je sais juste que c'est un fait établi, comme une vérité plus grande que nous. Sûrement que d'autres bras nous auront serrés, que nous aurons volés d'autres baisers, peut être même aurons nous aimé d'autres. Mais quelque chose continue à subsister et à lutter au delà de nous, comme un fil invisible tendu entre nos deux âmes.

C'est sans doute pour cela que je n'ai pas encore écrit à ta mère. Peut être pour cela (bien que ce soit sûrement par pudeur) qu'elle ne m'a pas écrit non plus, elle qui était si prompte à le faire. Parce que prendre le temps de lui écrire, de dire au revoir à tes parents que j'adorais, c'est admettre l'échec de notre histoire alors que je peux encore prétendre à garder la porte entrouverte alors que l'on s'éloigne.

Et je passe mon temps à rassurer les autres. Non je ne t'attends pas, non je ne me complais pas dans mon chagrin en espérant ton retour. Au contraire, j'avance encore et toujours. Je sais que d'autres croiseront mon chemin, qu'en temps voulu je connaîtrai d'autres étreintes, d'autres lèvres, même si je ne suis pas encore prêt. Il m'est tellement difficile d'expliquer cette certitude qui est plus grande que moi. Alors je tente comme je peux, et je te l'écris. Tu en feras ce que tu veux, sans doute comme moi rangeras-tu ça dans un coin de ton esprit sans trop y penser, mais sans vraiment l'oublier.

Et peut être que cette éventualité ne se produira pas, après tout, entre nous deux, c'était toi qui croyait le plus à la Destinée. Mais même si l'on devait se perdre, cette certitude aura eu le mérite de me venir en aide au moment où tu me désertais. Et la peine qu'elle m'aura évité aura toujours plus de poids que le goût amer qu'elle pourrait laisser quand je regarderai en arrière d'ici quelques années, me demandant ce que tu as traversé, qui tu as aimé, ce que tu es devenu. Parce qu'à cette certitude vient s'ajouter la vérité la plus pure : tu as compté suffisamment dans ma vie pour que j'arrive à t'oublier.

Lettres à un étrangerRead this story for FREE!