Marcia

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C'est cruel de se dire que j'ai écrit mon premier livre en rêvant d'un idéal que je n'avais pas connu, imaginant une histoire parfaite, un autre répondant enfin à mes souhaits les plus profonds, et que le second naît de l'avoir perdu.

Souvent, et c'est cruel de le dire, j'aimerais que tu sois mort. Sans doute cette vieille idée tristement romantique de pouvoir me draper de l'habit du veuvage, de me dire que si notre histoire ne s'est pas poursuivie c'est dû au temps assassin, pas à nos errances humaines.

Et je m'en veux de penser cela, mais la séparation est tellement emplie de souffrances qu'elle se vit comme une couronne d'épines. La mort a ce bénéfice d'apporter la certitude de l'absence, de tuer tout doute, d'annihiler sous son manteau tout espoir de retrouvailles.

Parce que les pensées qui m'assaillent maintenant que nous suivons des chemins séparés ne sont pas vraiment de bonnes compagnes de pèlerinage. Les questions se précipitent dans ma tête, peut-être font elles de même dans la tienne ? Où est-tu ? Que fais-tu ? Mais surtout, au delà du quotidien : avec qui es-tu, quelqu'un me remplace-t'il dans tes bras ? Est-ce que tu penses parfois encore à moi ? Parce que toi tu ne quittes presque jamais mes pensées, ton souvenir n'offre que peu de répit.

On dit souvent que le processus de rupture et de deuil sont similaires, et je peux te l'assurer. Mais sans doute en est-il de même de ton côté, au fond de moi j'ai à vrai dire envie de l'espérer. Pas par cruauté, je ne t'ai jamais voulu le moindre mal, je me suis même efforcé tant que je le pouvais de te protéger. Mais parce que si cette souffrance est partagée, c'est que notre histoire nous aura tous les deux marquée. Parce que je n'ai pas envie d'être le seul a être hanté, le seul à devoir me relever. Mais au delà de tous ces mots se cache l'affreuse vérité, cette peur bleue de simplement être seul.

J'ai toujours eu du mal avec la solitude, c'était un trait que nous partagions tous les deux d'ailleurs. Je t'en veux un petit peu quand même tu sais ? Je ne regrette pas notre histoire, elle reste à mes yeux la plus belle que je n'ai jamais eue, mais je t'en veux d'être arrivé dans ma vie à pleine vitesse alors que j'avais enfin réussi à apprivoiser cette adversaire. Au moins je sais que je peux le faire, que je peux à nouveau apprendre à la dompter si je me laisse le temps.

Tu vois, je garde la tête haute. Je me suis promis que ton départ ne m'abattrais pas. Même si tu avais pulvérisé toutes mes défenses en quelques jours, me désarmant complètement alors que je me laissais aller à tes étreintes, je refuse que ton départ m'anéantisse. Alors je me relève, je fais des projets, à moitié pour te fuir il est vrai, mais surtout pour structurer ma vie, continuer à avancer, regarder vers l'avenir. Me dire qu'au delà de ma douleur il y a des lendemains qui me sourient, des moments qui n'attendent que moi, de nouvelles rencontres prêtes à se former.

Puis aussi m'entrainer à tuer ce besoin de toi, ce corps qui me crie ton manque, ces douleurs lancinantes auxquelles peu à peu je m'habitue. Cet entre-deux est insupportable, tu n'es pas mort, tu es absent, inaccessible, intouchable. Et parfois j'ai besoin de toutes mes forces pour ne pas t'appeler, entendre ta voix, ton rire, ...

C'est étrange comme dans ces moments toutes les expressions font sens, je t'ai vraiment "dans la peau". Mais comment faire autrement quand avec toi j'ai vraiment connu le bonheur le plus simple ? Au delà de toi, c'est ce sentiment de plénitude que je regrette. Cette sensation de pouvoir simplement être moi avec toi, exprimer cette tendresse sans devoir la voiler, te dire ma sensibilité alors que tu la lisais simplement dans mes yeux. Te dire aussi mes doutes, mes craintes, ces peurs qui m'assaillent parfois et m'empêchent d'avancer. Ces conseils aussi que je trouvais toujours avisés, cette capacité que tu avais à me pousser à me dépasser, à aller plus loin, à oser sortir de ma zone de confort. Si tu savais combien c'est dur de ne pas retourner m'y blottir, de ne pas aller y chercher un peu de cette sécurité qui me manque terriblement. Si tu savais les efforts que je déploie pour simplement tenir la journée, et tout ce que je fais pour pouvoir aller au delà, construire mes projets.

Si je dois être honnête, je me dois de t'avouer que je construis tout ça en mémoire de nous. Pour te montrer, même si tu ne le voies pas, que je ne baisse pas les bras, qu'au delà de toi je continue à m'améliorer. Parce qu'au fond j'espère qu'un jour tu regarderas de nouveau le garçon que je suis et que, peut-être, tu reviendras. Parce que je n'ai pas envie que, le jour où tu me regarderas de nouveau, tu sois déçu par ce que tu voies. C'est triste, un peu débile et sûrement naïf, mais au fond de mes actes, tout au fond, il y a toujours un peu de toi.

Et je m'en veux de cette dépendance, même si elle est pour moi indissociable des sentiments forts. Et pourtant je dois passer par ce sevrage. C'est drôle, j'ai réussi à abandonner la cigarette, le café, ma zone de confort, je devrais bien réussir à t'abandonner toi tu ne penses pas ?

Lettres à un étrangerRead this story for FREE!