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19h22...
Vandalia avenue, Brooklyn, New York...

Lorsque Lindsay entra dans le bar, elle ne vit aucune trace de Max. Elle en fut tout d'abord déçue, puis réalisa que s'il la pensait suivie, il ne se montrerait certainement pas comme ça. Elle commanda alors une Vodka Tonic avant d'aller s'installer à une table. Elle la choisit légèrement à l'écart, pour ne pas être observable depuis la rue, mais visible depuis le comptoir. Elle imaginait que c'était la conduite à tenir. Elle avait le cœur qui battait à tout rompre depuis déjà quelques minutes et vida rapidement son premier verre pour tenter de juguler son stress. Lorsque sa deuxième commande arriva, elle trouva une petite note sous son verre.

En réalité, il s'agissait d'un ticket de cinéma pour la séance qui commençait dans une demi-heure. Il n'y avait aucun mot pour l'accompagner, rien qui puisse lui indiquer que Max était réellement derrière cette mise en scène. Le cinéma était situé sur Linden Boulevard, à moins de cinq minutes en taxi. Elle prit donc tout son temps pour terminer sa boisson.

Le film qu'elle devait aller voir était sorti trois mois plus tôt, la salle était pratiquement vide. Lindsay sourit en découvrant le sujet du film : un jeune homme dont la mémoire avait été effacée et qu'on soupçonnait être un agent secret. Max avait toujours le sens de l'humour, constata-t-elle. S'il devait entrer en contact avec elle, il fallait qu'elle choisisse son siège judicieusement. Ainsi s'installa-t-elle à l'avant dernier rang à l'extrémité gauche du bloc principal. Il y avait un couple, en plein milieu de la salle, occupé à se bécoter tendrement. Un trio de jeunes gens s'était installé un peu plus en avant. Enfin, un homme dégarni et barbu était assis au milieu du dernier rang. Au total, une dizaine de personnes vint encore s'installer dans la salle jusqu'à ce que le film commence. Lindsay espérait réellement que Max se montre et scrutait régulièrement les différentes entrées en espérant le voir pénétrer. Si le film semblait intéressant, elle ne parvenait cependant pas à y consacrer autant d'attention qu'il aurait fallu. Ce n'est qu'à environ la moitié que l'inconnu à la barbe s'approcha doucement vers elle. Elle repéra qu'il avait bougé, mais fit son possible pour ne pas faire trop attention à lui. Ce ne serait pas la première fois qu'elle se ferait draguer dans un cinéma. Si la sensation pouvait parfois être flatteuse, elle n'était pas d'humeur pour le moment.

— Salut, ma chérie, lança alors Max discrètement tout proche de son oreille.

Lindsay tressauta. Elle n'avait pas reconnu son mari, mais identifia la voix avant même qu'il est fini de prononcer le premier mot. Elle eut cependant la présence d'esprit de ne pas réagir trop fortement et se contenta d'attraper la main qui se posa sur son épaule. Son souffle se fit bien plus rapide et une douleur horrible lui compressa la poitrine. Elle tenait la main de Max dans la sienne. Chose qu'elle avait pensé ne plus jamais pouvoir faire. Elle n'avait plus qu'une envie à présent : sauter par-dessus la ranger de siège et étreindre son partenaire. Elle voulait le serrer si fort qu'elle entendrait ses os craquer. Pourtant, tremblante comme rarement, elle se força à la raison et ne bougea pas plus.

— Je suis désolé de t'avoir abandonnée tout ce temps, mais j'étais vraiment dans la merde et je ne voulais pas te mettre en danger.

Lindsay voulut répliquer. Elle voulait lui crier l'horreur qu'elle avait vécue, la misère mentale dans laquelle elle s'était retrouvée. Les soirées à pleurer, à boire ou les deux en même temps. Les fausses joies, chaque fois que le téléphone sonnait. Il pouvait être désolé, pensa-t-elle. Il y avait de quoi ! Malgré tout, elle savait qu'il n'avait probablement pas eu le choix. À tel point qu'elle s'en voulait d'avoir de l'animosité envers lui à ce moment. En réalité, elle était totalement perdue.

— Je t'expliquerai tout très bientôt, reprit Max en caressant tendrement la joue de sa bien aimée. Pour l'instant, il faudra encore faire comme si tu n'avais pas eu de nouvelles de moi. Tu es surveillée et la maison est truffée de micros. Même chose à ton travail ou ton téléphone portable. Tu ne dois faire confiance à personne et ne dire à personne que nous nous sommes vus. Ce serait dangereux.

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