Chapitre 9 - Partie 3 - Failles

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Comme Alix le redoutait, elle découvrit une chambre vide. Les draps de la gamine étaient faits, le lit froid, ses quelques jouets ordonnés minutieusement. Un adulte s'en était occupé. Jestak, très certainement.

Du bout de sa main gantée, Alix lança un sortilège. Le petit frère se trouvait dans la pièce à côté, réveillé par son arrivée, comme d'habitude. La mère, en bas, semblait seule. Pas de signe de Faï. Pas de maléfices destinés à épier la maison non plus, hormis le sien. Elle tourna la tête vers l'entrée. Kyrrien s'était levé et se dirigeait vers la chambre de sa sœur.

L'enfant entrebâilla la porte, sur la pointe des pieds. Il passa son petit nez endormi dans la pièce et questionna, d'une voix fluette, pleine de toute la peur que lui inspirait la sorcière :

« Chamalia ? »

Le sang d'Alix se glaça. Amalia. Comment avait-il pu relier le chat avec elle ?

« Qui c'est, ça, Chamalia ? Je suis le Chat, tout court. Où est Faï ?

— C'est toi, Chamalia », souffla le môme.

Il entra, referma la porte derrière lui et plissa les yeux pour distinguer la silhouette de la jeune fille dans le noir de la pièce.

« Les sorciers méchants l'ont emmenée avec eux, ils lui ont fait mal, et à maman. Et maman pleure tous les soirs maintenant... Et Faï me manque... »

Il renifla, passa la manche de son pyjama sur son nez et conclut :

« Il faut que tu nous aides. »

Alix esquissa un mouvement pour s'agenouiller, lui offrir ses bras, mais l'enfant tressaillit et se tassa contre la porte. Terrifié, il luttait pour ne pas s'enfuir. L'Once n'insista pas. Elle se redressa très lentement, ses mains bien en évidence.

« Je vais vous aider, articula-t-elle d'une voix douce. Il ne faut pas que tu m'appelles comme ça, Kyrrien. Je suis le Chat, juste le Chat... Tu ne dois utiliser aucun autre nom pour parler de moi, tu comprends ? »

L'enfant ne répondit pas, les yeux dirigé vers le sol à l'opposée de l'endroit où Alix se tenait. La lumière lointaine des phytoligocomplexes rampait jusqu'à la fenêtre et donnait aux ombres de la pièce une teinte jaunâtre. Le silence s'étira jusqu'à ce que le gamin le tut d'un reniflement suivi d'un sanglot étouffé. Son visage éclairé par un reflet ocre luisait de larmes.

« Quand est-ce que c'est arrivé ? demanda enfin Amalia à mi-voix.

— Il y a longtemps, chevrota Kyrr, incapable, à son jeune âge, de faire preuve de plus de précision. Tu n'es pas un chat, tu es une sorcière. Comme eux.

— Je ne suis pas comme eux.

— Non, murmura-t-il. Faï dit que tu es gentille, toi. »

Il avala sa salive et se détourna, cédant finalement à sa peur. Il ouvrit la porte et courut dans le couloir, vers l'escalier qui le mènerait à sa mère.

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