Chapitre 9 - Partie 2 - Failles

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Alix rentra enfin chez elle. Elle s'affala dans son canapé avec un soupir las et fit voler jusqu'à elle une tasse de café. Le mug gris foncé et marqué d'impressions décolorées par le temps traversa la cuisine et le salon pour se poser sur la table basse avec une délicatesse toute en élégance.

La magistre bâilla. Zerflingen voulait un rapport détaillé des événements dès la première heure le lendemain. Même si elle était heureuse pour lui, Mattéo l'avait bien retardée : il lui faudrait tenir encore quelques heures avant de dormir.

« Tss... »

Un mnémotique sur les genoux, son carnet de notes à porté de main, elle repoussa son amertume et se replongea dans la soirée. Les dossiers qu'elle présentait à son président devaient être irréprochables.

Fillip en personne au gala de la Fraternité... Amalia contrôlait la toile du magistère, un réseau d'informateurs et d'indics tentaculaires... comment avait-elle pu passer à côté de ça ? Si au moins elle avait perçu présence du sorcier... aucun Yasard ne serait mort ce soir-là.

Heureusement, pensa-t-elle, Jestak s'était décommandée. Toute cynique que paraisse la réflexion, Alix se sentait plus proche de cette représentante humaine que des autres Yasards.

C'est triste que Jestak ne soit pas là.

La phrase antiprophétique lui revint en tête. Où l'avait-elle entendue ? La remarque remonta plusieurs fois le fil de ses pensées alors que la magistre reconstituait les événements.

Usem.

Il l'avait surprise. Elle n'aurait pas parié sur sa présence, mais elle appréciait toujours de le croiser. Bien sûr, elle n'avait pas eu l'occasion de terminer la soirée avec lui, ni même de lui proposer d'aller boire un verre. Il avait dû s'éclipser à la première explosion.

Elle fronça les sourcils. Non, il n'était pas parti à la première explosion. Elle ne l'avait pas revu de toute la soirée. Habituellement, quand il s'infiltrait dans ce genre d'événement, elle l'entr'apercevait de loin, elle l'observait évoluer parmi les convives. Elle le tenait à l'œil. Il avait disparu bien avant l'attentat... Il savait ce qu'il allait se passer ! Et s'il le savait...

« Ho le con... » souffla la sorcière.

L'absence de Jestak n'avait rien de triste, elle était providentielle. Ce qu'Alix avait interprété comme de la fanfaronnade prenait, à la lumière des événements, des intonations d'avertissement. Comment est-ce qu'elle avait pu mettre autant de temps à comprendre le message ? Qu'était-il arrivé à la mère de Faï ?

« Merde ! »

Alix s'extirpa précipitamment de son canapé, bousculant au passage la table basse. La tasse versa une bonne partie de son thé sur la marqueterie, à l'indifférence totale de sa propriétaire qui se dirigeait déjà vers la porte d'entrée. Le rapport pour Zerflingen attendrait.

« Merde ! » répéta la sorcière en passant une lourde cape noire.

Sans perdre un instant, elle changea d'apparence et revêtit les traits de l'adolescente avec laquelle elle rendait visite à Faï. La seconde suivante, elle se transférait en autonome, directement dans la chambre de la petite, sous un sortilège de camouflage.

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