Chapitre 9 - Partie 1 - Failles

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Enfermée dans la salle d'entraînement de ses élèves, Amalia laissait libre cours à une rage tenace à peine éclipsée par les histoires de cœur de Mattéo. Elle veillait depuis plus de trente heures et la fatigue peinait à essouffler sa colère.

Avec l'ultimatum de l'Ordre, le gouvernement tardait à reprendre le contrôle de la situation. La magistre avait passé la nuit précédente au quartier général de la Police Magique Fédérale et une partie de la journée avec la délégation du Yasard assassiné.

D'un geste, la sorcière invoqua un sortilège-leurre. Un pantin sans visage se dressa au milieu de la grande pièce. Ses traits neutres ondulèrent un instant jusqu'à ce qu'ils adoptent l'apparence de Fillip.

Alix serra les dents. Se faire frapper, en public, par ce sorcier, et ne pas réagir...

Elle explosa. De cris de rage en déferlement de magie brute, l'homme de paille encaissa sa hargne, ses sortilèges et ses coups plus d'une heure avant de céder. Le leurre se désagrégea et aspira avec lui plus de la moitié des ressources de la sorcière. Amalia s'effondra, essoufflée, et cogna sa tête contre le sol en étouffant un cri de fureur.

Elle ne se rappelait pas avoir ressenti une telle impuissance, pas dans ce type de situation. Pas en se sachant capable de répondre à l'attaque, de rester debout.

L'Once devait à tout prix conserver sa couverture intacte. Se cacher, encore. En l'état actuel, elle n'aurait pu défaire Fillip... Pas avec la technique qu'il utilisait. Pas s'il était en mesure d'éviter les dégâts, puis de disparaître sans se transférer.

La sorcière se redressa et s'assit, la tête rejetée en arrière, la respiration saccadée, la gorge encore nouée par une rage amère. Peu importait le sort qu'il usait, elle trouverait comment il s'y prenait.

Son corps protesta lorsqu'elle se mit debout. Elle avait abusé de ses forces et accusait la fatigue de ses dernières épreuves. Elle aurait eu besoin de s'achever avec quelqu'un. Dan et elle se battaient quand elle tombait dans cet état, jusqu'à ce qu'il s'écroule, épuisé. Mais Dan n'était plus et cette simple pensée ajouta une froide tristesse au débordement violent de ses sentiments.

À défaut d'un compagnon ou d'un ami, Alix aurait apprécié la présence d'un Confrère. D'Usem. Usem qui n'était jamais là quand elle en avait besoin, d'ailleurs.

Elle serra les poings et se tourna les talons. La salle se rangea et un balai, artifice désuet et inutile, s'activa pour ramasser les morceaux de bois du mannequin explosé.

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