Le jour où j'ai été à la Manif Pour Tous

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— Tu es sûr que tu ne veux pas rester ?
— Je ne peux pas, mes parents m'attendent, expliqué-je pour la énième fois.
— Tu vas vraiment y aller ?

Ce n'est pas tellement que ça me fait plaisir, au contraire. J'aimerais tellement rester avec lui. Mais si je n'y vais pas, ils vont se poser des questions.

— Je n'ai pas vraiment le choix.
— Si, tu peux rester ici.

Il insiste, me retient par le bras. Je me dégage, la mort dans l'âme. Je sens qu'il m'en veut. Pire, qu'il me juge. C'est facile pour lui. Lui, il a le droit de ne pas mentir. On ne vit pas la même chose.

— Laisse tomber, tu ne peux pas comprendre.

*

Dès mon retour, je me suis enfermé dans ma chambre. J'espère qu'ils vont partir sans moi, m'oublier. J'ai dit que j'étais fatigué, parce qu'on a travaillé jusque tard dans la nuit pour terminer l'exposé. Tu parles, on s'est couchés tard, mais pas pour travailler... Ils me croient bien sûr, mais j'ai peur que cela ne les empêche pas de venir me chercher.

— Tristan ! Tu es prêt ?

Je ne réponds pas. Allongé sur mon lit, j'enfouis ma tête dans un coussin. Pour ne plus voir le sweat bleu que Maman a déposé soigneusement sur ma chaise. Elle m'appelle une fois, deux fois. J'espère stupidement qu'il n'y aura pas de troisième fois.

Elle a ouvert la porte de ma chambre, j'ai une grosse boule dans la gorge. Elle s'énerve.

— Il est l'heure de partir ! On va être en retard ! Mets ton pull, ce n'est pourtant pas compliqué, tu viens avec nous. On a décidé qu'on y allait tous ensemble. Tu sais combien c'est important, surtout à ton âge. On a besoin de la jeunesse pour prendre la relève, pour prouver qu'on a des valeurs et leur montrer un peu ce qu'est une vraie famille. Cesse de faire l'enfant.

Il y a des mots qui me brûlent les lèvres. Je ne dis rien, comme toujours. A la place, je trouve une excuse. Je suis devenu très fort à ce jeu. Trouver des excuses.

— Je t'ai dit que j'étais fatigué.
— Ce n'est pas mon problème. Tu te lèves ou j'appelle ton père !

Je n'y couperai pas. Je le savais déjà, mais ça fait mal quand même. Et ça me fait encore plus mal de voir Maman dans son sweat rose. J'ai tellement honte. Envie de pleurer. Elle me tend le mien, je l'enfile par-dessus mon t-shirt.

— Tu vois, ce n'était pas si difficile.

C'est vrai, ce n'est pas si difficile. Ce qui l'est par contre, c'est de voir mon reflet dans le miroir de l'entrée. Ces quatre petits personnages qui se tiennent la main. Papa, Maman et leurs deux enfants : un garçon et une fille. A l'image de ma famille. Papa porte le même que moi, et Angélique le même que Maman. On forme une belle famille, je crois.

Pourquoi je me sens si mal ?

Alors que je lace mes chaussures, j'ai soudainement envie de crier. De leur dire la vérité, toute la vérité. Mais comme toujours, je reste silencieux. Je n'y arrive pas. Noah a raison, je suis un lâche.

*

C'est assourdissant. Trop de cris, trop de musique, trop de monde. Je reste à côté de Maman, tenant la main d'Angélique. Elle semble heureuse d'être là, à la manif. C'est la première fois pour elle, forcément elle trouve ça génial. En plus, elle est très fière de son sweat rose, le même que Maman et le même que toutes les filles aujourd'hui.

J'essaye de ne pas lire les pancartes, d'ignorer les conversations autour de moi. Je dois faire abstraction de la raison d'être de cette marche. Sinon je vais devenir fou.

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