Lettre 2

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Les samedi se suivaient et ne se ressemblaient pas.

Un matin froid comme un gros fuck en Alaska. Du givre sur les pare-brises de voiture; des gens qui marchaient vite, enroulés dans leur foulard de laine, le nez enfoui dans leur urgence; des feuilles d'arbres qui s'accrochaient à leur branche pour éviter de choir sur le béton glacé.

Arianne avait mal dormi. Ç'avait été une dure semaine. Les tempêtes tropicales, les insignifiances du Clown Officiel des États-Unis, Donald Trump, quelques attentats meurtriers... Tout cela n'affectait guère la femme qui avait essuyé des plaintes de la part de clients insatisfaient de son travail, une sévère réprimande pour son retard injustifié le mercredi matin et une forte diarrhée après le déjeûner de vendredi.

"Une journée de marde dans une semaine de merde, c'est la caca de luxe, ma belle épouvante" se disait-elle en essayant de s'extirper du lit.

La chambre était un congélateur où sa chair en recomposition arrivait à peine à pomper du sang neuf pour se dire vivante. Arianne avait laissé la fenêtre entrouverte à cause des odeurs de ses fientes de mouette mouillée de la veille.

Elle déposa les pieds sur le patinoire de bois et les ramena sous la doudou en jurant encore une fois.

Un autobus passa sous le fenêtre et une chaillade éclata tout juste sous sa fenêtre.

"Allez donc vous entretuer ailleurs, bande de nombrils sans abris!" hurla-t-elle depuis sa cage émotionnelle mordorée.

Elle jeta la couverture sur le sol et traîna ses pieds jusqu'à la fenêtre qu'elle ferma non sans y laisser un doigt d'honneur à fille tatouée qui léchait le visage de celui qui venait de l'invectiver sans aucun respect.

Puis, elle pousuivit sa glissade jusqu'au thermostat qu'elle poussa au maximum. Elle fourra ses orteils transis au fond de ses vieilles pantouffles et s'enveloppa de la couverture encore chaude.

Assise sur la lunette de la cuvette, elle urina sans se laisser emporter par les milliers de pensées sournoises qui venaient inévitablement l'assaillir chaque matin depuis plus de 730 jours.

"Va chier!" disait-elle à chacune d'elle, comme si l'insulte allait faire fuir l'une de ces idées inutiles qui germaient dans son cerveau épuisé.

"Jordan! Vient faire un câlin à ta maman, mon chéri. Viens me guérir de tout" se lamenta-t-elle dans un écho vide de sens sur les murs tristes de la salle de bain.

Une autre crampe la fit plier en  deux. Rien. Ni vent, ni liquide. Une saleté de douleur qui lui scia les tripes pendant une dizaine de secondes.

Elle se leva et quitta la cellule de crise pour se préparer un café.

Le jour froid était d'une luminosité lancinante. Les rayons du soleil qui rampaient jusqu'à elle lui percèrent les sens. Elle souffla sur la boisson chaude avant d'y tremper ses lèvres.

Puis, elle vit la lettre qu'elle avait trouvée la semaine précédente. L'avait-elle amenée là, sur le comptoir encombré, pour se remémorer les douleurs qu'elle avait ressenties ou bien pour s'assurer qu'elle ne manquerait pas ce deuxième rendez-vous avec cet inconnu qui écrivait des lettres à une femme qu'il appelait "maman"?

Toute la semaine, elle s'était demandée si elle lui était destiné, si elle ne venait pas d'une âme fantôme qui avait réussi à déposer des mots sur le papier, pour la retrouver au milieu de son cauchemar et la calîner un peu.

Et, voilà qu'elle l'avait retrouvée, ouverte sur un coin du comptoir, offerte comme le sexe d'une fée couverte de rosée de larmes. Elle la porta à son nez, la huma, cherchant une quelconque odeur familière. Ce fut en vain.

Lettres à ma mèreRead this story for FREE!