Rentrer, le plus vite possible

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Sous le choc, Leandru était resté de longues minutes prostré sur le sol, insensible au froid et à l'humidité.

C'est en entendant les voix inquiètes de Theodor et de Konrad que le jeune homme sortit de sa torpeur.

- Là ! Il est là-bas !

Leandru sentit alors qu'il avait les membres totalement engourdis et les douleurs rhumatismales de son épaule droite, touchée en Italie, se réveillèrent brutalement.

- Il faut l'aider à se relever. Doucement, il est gelé.

Les deux allemands aidèrent le corse à se remettre debout : sa tête se mit à tourner et il fit quelques pas en chancelant.

Theodor ne cessait de parler à Leandru mais ce dernier regardait toujours fixement devant lui.

L'allemand comprit alors que le jeune homme était en état de choc.

Prudemment il le prit par le bras et il l'aida à avancer tandis que Konrad repartait en direction de la maison pour aller chercher une couverture.

Leandru avançait lentement à travers les vignes tout en murmurant des mots incompréhensibles pour Theodor.

Ils avaient à peine marché cinquante mètres lorsque Konrad revint avec de quoi couvrir le corse.

Les deux allemands aidèrent Leandru à progresser à son rythme et ce n'est qu'après une demi-heure qu'ils parvinrent enfin devant la demeure de Theodor.

Seule Gudrun, l'épouse de ce dernier les attendait à l'intérieur car Magda Bormann avait rejoint sa fille dans sa chambre.

Elle prépara rapidement une tasse de café pour que Leandru puisse se réchauffer mais le jeune homme refusa

Prostré dans un fauteuil du salon avec la couverture de Konrad, il continuait de trembler, de pleurer et de marmonner en corse.

Gudrun suggéra alors d'appeler le docteur Meyer afin qu'ils puissent les aider.

Lorsqu'ils avaient vu Erika revenir en pleurs, les allemands avaient compris que Leandru avait sans doute retrouvé une partie de ses souvenirs mais ils n'imaginaient pas que cela dévasterait le jeune homme à ce point.

Déstabilisés par son attitude, Konrad, Theodor et Gudrun n'osaient pas s'approcher de lui et encore moins lui parler.

Le docteur Meyer arriva une vingtaine de minutes plus tard.Il demanda à rester seul avec Leandru puis il lui tendit la tasse de café préparée par Gudrun.

- Vous devriez boire un peu vous êtes transi de froid. Vous vous êtes souvenu n'est-ce pas ?

Leandru prit le temps de boire lentement une gorgée du breuvage brûlant puis, le cœur battant à tout rompre, il murmura :

- Oui...De tout.

- Bien. Je sais que cela va vous sembler pénible mais...nous allons en discuter ensemble et...je pense qu'il ne faut pas retarder l'échéance. Si vous souhaitez vous reposer, je reviendrai demain matin.

- Non ! Non, il...il faut que je rentre chez moi. Le plus vite possible.

- Et où habitez-vous ?

- En Corse, dans un petit village dans la montagne.

Le docteur Meyer questionna ensuite longuement Leandru sur sa famille, sur son parcours pour arriver jusqu'en Allemagne puis, lorsqu'il aborda ses sentiments pour Erika, le jeune homme baissa la tête, honteux.

Cum' un cantu di libertaWhere stories live. Discover now