Comment était-ce possible ?

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Noël approchait et Leandru n'arrivait pas à se réjouir comme toute la famille de Theodor Steiner. Pour eux, ce premier réveillon depuis la fin de la guerre et après cinq ans de conflits, était important à leurs yeux. Même si l'Allemagne était sous le contrôle des Alliés, même si leur pays, ils le savaient, allait souffrir, ils avaient envie de croire en un futur plus serein avec la disparition d'Adolf Hitler.

Le corse lui, avait cessé de se poser des centaines de questions à longueur de journée. En choisissant de ne plus lutter contre ses cauchemars, ces derniers avaient fini par s'espacer pour ne revenir qu'à de très rares périodes.

Lorsqu'il était seul, il pensait beaucoup à Erika. Il avait énormément apprécié qu'elle lui apporte une aide discrète sans jamais essayer de s'immiscer dans sa vie privée.

Elle n'avait posé aucune question indiscrète, ce que le médecin requis par Konrad avait un instant envisagé, il l'avait entendu en parler à Theodor en se croyant seul avec lui.

Leandru avait alors tenté seul cette expérience : inlassablement il s'était posé les mêmes questions :

Aimait-il une femme ? Avait-il des enfants ? Était-il marié ? Où habitait-il ? Pourquoi être venu en Allemagne ?

Il s'était répété ces questions durant des jours et des jours mais sans résultat. Il n'avait pas eu la moindre petite étincelle, rien. Il n'y avait plus que le néant autour de lui.

Alors, il s'était mis lentement à accepter même s'il se sentait terriblement malheureux.

Pendant une semaine complète, il avait tout fait pour éviter Erika. L'allemande avait eu une discussion avec le médecin qui soignait Leandru et elle avait compris que le corse avait besoin de temps pour admettre l'inéluctable.

La jeune femme préféra retourner quelques jours à Stuttgart pour aider sa tante et laisser Leandru seul.

Ce fut pour elle l'occasion d'avoir une discussion franche avec la sœur de son père au sujet de l'homme qui avait bouleversé son cœur. Käthe essaya de mettre en garde sa nièce contre l'immense désillusion qui l'attendait si Leandru finissait par se rappeler son identité.

- Erika...tu sais, à dix-sept ans, j'étais amoureuse d'un garçon de mon village et...j'ai vraiment pensé que c'était réciproque. Lorsque j'ai compris que ce n'était pas le cas, j'ai eu l'impression de ne plus pouvoir respirer, d'avoir une plaie immense au beau milieu de la poitrine. C'était...comme si on m'avait arraché le cœur. Pendant des semaines j'ai eu une sensation insupportable de vide. Tous les rêves que j'avais bâtis secrètement s'effondraient, je ne trouvais plus aucun sens à ma vie, je voulais... mourir pour arrêter de souffrir. Je croyais que je ne pourrais jamais me reconstruire, que je ne pourrais plus jamais me sentir heureuse. D'une certaine manière j'étais en deuil.

Et,...je ne veux pas que tu vives cela.

Le docteur Meyer peut dire ce qu'il veut, ce jeune homme finira bien un jour par retrouver la mémoire et tous ses souvenirs. Et ce jour-là,...

- Je sais...je sais tante Käthe. Et crois-moi, j'ai essayé de lutter mais...je n'y arrive plus. Et lui, il ne m'aide pas non plus ! Avant, quand il avait encore un faible espoir de retrouver ses souvenirs, il gardait ses distances avec moi. Mais maintenant, c'est différent.

- Je ne peux que me répéter Erika : fait attention. Tu ne sais pas dans quoi tu t'engages.

La jeune allemande quitta sa tante après avoir passé sept journées complètes à Stuttgart. Elle qui pensait avoir les idées plus claires après ce petit séjour, était davantage perdue. C'est avec une certaine appréhension qu'elle regagna la demeure de son oncle.

Cum' un cantu di libertaLisez cette histoire GRATUITEMENT !