Découragement

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L'hiver approchait et Leandru ne savait toujours pas qui il était, quel était son nom et pourquoi il s'était retrouvé au milieu des décombres de Stuttgart.

Sans vouloir mettre en doute les capacités d'Erika, il avait demandé à la jeune allemande de trouver un médecin qui pourrait le suivre quelques temps.

L'homme qui s'était présenté quelques jours après sa demande, était, selon Konrad, un excellent praticien très respecté dans la région.

Il avait posé de nombreuses questions et Leandru avait essayé d'y répondre du mieux possible. Mais après cinq mois de consultations, le médecin s'était résolu à annoncer au corse que, malgré sa bonne volonté et parce que ses progrès étaient pratiquement inexistants, il était presque certain qu'il ne retrouverait jamais la mémoire.

En consultant les notes qu'il avait prises à chaque visite, l'homme indiqua à Leandru que tout ce qu'il pouvait lui confirmer était qu'il avait manifestement vécu dans une famille de vignerons dans le Sud de la France. Mais c'était là l'unique certitude dont il disposait.

Accablé, Leandru passa pratiquement la totalité de la journée seul, à errer dans les vignes.

Il se concentra sur le paysage, sur cet arrière-pays de Stuttgart qu'il s'était mis à apprécier.

Les collines environnantes où l'herbe était belle et grasse, les prairies où les troupeaux de bovins avaient fait leur réapparition après les combats, les forêts giboyeuses où il s'était aventuré à plusieurs reprises avec Konrad, le vignoble gorgé de soleil durant l'été...

Il ne pouvait pas le nier, il se sentait bien dans cette région.

Les vendanges avaient été prolifiques et Theodor Steiner avait remplis ses caves d'un vin qu'il pressentait exceptionnel.

Le jeune homme sourit en se rappelant comment, avec Erika, il s'était goinfré de grappes de raisins jusqu'à en avoir mal au cœur. Ils s'étaient ensuite sauvés à travers les vignes en pouffant pour ne pas se faire remonter les bretelles par le propriétaire du domaine.

Ils s'étaient alors cachés dans une vieille grange et Leandru avait écouté avec attention Erika lui conter ses souvenirs de jeunesse, sa découverte de Paris et de ses si beaux monuments et l'ennui qui l'avait gagnée dans son école huppée en Suisse.

- Je savais que je te retrouverais ici.

Leandru leva la tête vers Erika qui marchait lentement vers lui et il détailla la jeune allemande : elle avait des cheveux blonds qui lui arrivaient un peu en dessous des épaules, des yeux bleu clair et un teint hâlé résultant des longues heures passées durant l'été dans les vignes. Elle était vêtue simplement mais, même avec un tablier et un fichu sur la tête, Leandru la trouvait très élégante.

Le jeune homme détourna le regard lorsqu'il vit qu'Erika rougissait et il se maudit de ne pas avoir été très discret.

Depuis plusieurs jours il se posait mille et une questions au sujet de son futur. Konrad et Theodor l'appelait toujours « mon gars » ou « mon garçon » mais il ne supportait plus d'être comme un fantôme, sans nom, sans prénom.

Devait-il rester ? Devait-il se rendre en France ?

Oui, mais pour aller où ?

Comme il travaillait toute la journée dans le domaine, Theodor lui donnait le même salaire qu'à ses autres employés. Il avait donc un peu d'argent mais pas une somme suffisante pour errer sur les routes françaises pendant des semaines.

Leandru se leva et il fit quelques pas vers les vignes et sans regarder Erika il dit :

- Je suis découragé. Je ne lutte plus contre les images que je vois dans mes cauchemars mais malgré cela, je n'ai pas plus d'informations qu'il y a cinq mois. Tu sais ce qui est le pire ? C'est de ne connaître ni mon prénom, ni mon nom, ni mon âge et d'être incapable de me rappeler si j'ai de la famille quelque part en France ou ailleurs.

Cum' un cantu di libertaWhere stories live. Discover now