L'arbre

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C'est Toto qui va à la pêche.

L'arbre a été planté il y a cinq ans, à l'époque on se disait que ça ne servait à rien car ça ne prenait presque pas de place, ça mesurait un millimètre.

Tout le monde a profondément oublié quand soudain on s'est aperçu qu'il mesurait dans les deux mètres cinquante, ce qui est déjà beaucoup pour un humain même si en l'occurrence là c'est un arbre.

Personne ne l'avait vue venir celle-là, pourtant elle était là juste à côté de nous et non, personne ne l'avait vue venir celle-là. Elle était pourtant belle et bien venue.

Et le temps d'escalader l'arbre est désormais venu, maintenant qu'il est stabilisé, maintenu dans un état d'ivresse semblable à la délicatesse toute potagère des élus locaux.

Matin a déjà dépassé le premier palier et il continue à monter pendant qu'une chorale d'enfants-singes l'accompagnent dans sa montée prodigieuse et néanmoins dénuée de tendresse.

Un autre a commencé à prendre le pli sur la première racine qui remonte à la surface, on pense que c'est Thomas, il a déjà grimpé d'une bonne cinquantaine de millimètres et il continue, tenace.

Martin a passé deux branches de plus, on ne le voit déjà presque plus, on apprend seulement de ses nouvelles par un système de radio relié à l'oreille interne.

Le voilà terrorisé, oh non pas par le vertige ni par la forme avenante des écorces de noyer mais plus simplement par la responsabilité écrasante qui l'attend là-haut s'il continue à monter.

Il ne s'agirait peut-être pas qu'il arrive premier alors il ralentit légèrement la cadence et montre un visage plus petit, plus sympathique et il fait même une petite pause-bébé.

Cependant, sur terre, la situation politico-économique commence à devenir inquiétante et les voilà tous, politiciens corrompus et malfrats en tout genres qui se frottent les mains.

On a déjà évoqué plusieurs solutions possibles ainsi que plusieurs problèmes possibles pouvant être apportés aux solutions, c'est pourquoi, ce soir, le président va prendre la parole pour de bon.

Il s'installe devant un petit chapiteau se racle la gorge de plaisir et commence à réciter le discours que l'on a écrit pour sa pomme :

"Mes chers concitoyens bonsoir, si je m'adresse à vous aujourd'hui en ces mots et sur ce ton, c'est que je sens monter en moi et par la même dans notre beau pays une tristesse envoutante.

Vous n'êtes pas sans savoir que la population a demandé un matin de plus pour porter au plus haut certaines valeurs révolues. Nous considérons sérieusement la situation.

Ceci dit, la même poste qui vous apporte courriers et colis ainsi que celle qui, pour certains d'entre nous, vous réveille le matin a porté à notre connaissance une suffocation du service alimentaire de données.

Après enquête, on a retrouvé plus de soixante-dix types de données corrompues dans les centres de tri et bien sûr aucun indice de corruption volontaire délibérée ne se dissimule à l'horizon.

C'est pourquoi j'en appelle à chacun de vous, petits ou grands, gentils ou méchants, craies ou fusains, puzzles ou scrabbles, à démentir tout propos tenus ce soir à vingt heures.

Mes chers, si chers concitoyens, bonsoirs."

Avec un regard solennel, le capitaine du pays rattache le bouton de son bleu de pardessus, descend du chapiteau et marche silencieusement vers sa chambre entourée d'une foule non moins silencieuse.

On en aurait presque oublié que Martin se trouve déjà sur la petite ligne rouge matinée de blanc nacrée qui orne l'orifice artificiel de l'arbre, et ainsi se trouve dans une démarche des plus décidées.

Un bras en avant, une oreille sur la droite, on rattrape le petit accrochage avec un balancement du bassin, on pioche et on égratigne, on fait passer la ficelle, on s'accroche, et ça monte !

Toujours plus tard Martin entend une petite voir d'araignée-oiseau se pencher sur son épaule, il tourne la tête et qui est-ce ? Un rouge-gorge timide et méfiant qui regarde autour de lui.

"N'y allez pas, c'est un piège"

La perplexité regagne le cœur de Matin qui en vient à regarder autour de lui, il n'obtiendra peut-être pas plus d'explication et de là où il est il ne peut voir ni Thomas ni entendre le discours du président.

Il s'installe une petite enceinte sur le tronc et décide d'écouter du bruit blanc pour l'aider à réfléchir.

Il ne sait pas pourquoi mais il pense que c'est l'heure de redescendre, peu à peu.

En bas de l'arbre une foule garnie de sourires rassurés félicitent son intelligence tandis que se prépare l'épreuve suivante...

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