Chapitre 7 : Corse (mars 1785-juillet 1786) - Idéalisme ou réalisme ?...

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    Un soir d'été, sous une lune qui semblait immense et un ciel constellé de plus d'étoiles que je ne le croyais possible, après une très chaude et longue journée passée à parcourir le maquis, et alors que nul village, nulle auberge, nulle habitation ne  pointait à l'horizon - nous offrant une nuit de plus à la belle étoile -  nous discutâmes du livre de voyage de Boswell sur la Corse. Boswell, le jeune idéaliste, aristocrate sujet de la perfide Albion, qui poussa « l'idéalisme » jusqu'à fournir illégalement de très réelles armes qui servirent contre nos troupes.

    Ce livre, écrit quelques années plus tôt par un voyageur jeune et aisé qui avait ses entrées dans le beau monde - c'était un ami de Rousseau, le fameux philosophe - avait connu un immense succès. Le colonel nous l'avait donné à lire, à son ordonnance et à moi, et  voulait connaître notre avis.

        Avant de pourvoir en discuter Bastien et moi devions nous occuper des montures, faire la cuisine  et vérifier nos armes. Maître Tancrède essuyait et graissait  soigneusement son arme. Pour ce qui est de l'utilité des armes : on ne savait jamais quels brigands pouvaient nous attaquer et nous devions être prêts à tout. Mais force est de dire la vérité : les brigands firent relâche tout au long de notre voyage. Ce que l'on dit ou écrit sur les brigands corses est, peut-être, exagéré, quoiqu'ils aient un mot : « vendetta » pour décrire une vengeance d'honneur sanglante et interminable. Mais nous n'eûmes pas l'occasion de voir ce mot mis en pratique sous nos yeux et, pendant les seize mois que nous passâmes dans l'isle, nos armes ne nous servirent qu'à chasser les lièvres et autres animaux pour améliorer l'ordinaire. Nous n'eûmes à subir qu'une seule féroce attaque : celle d'un sanglier, animal farouche qui, tel un Minotaure, fonça sur notre troupe alors que nous progressions tranquillement sur nos montures. La charge de la bête fut si brusque que le colonel fut désarçonné. Heureusement, en bons soldats, nous - Maître Tancrède, Bastien et moi - sortîmes promptement nos fusils et pistolets et abattîmes le sanglier. Nous fûmes très fiers de notre exploit, plus fiers qu'un Grand Louvetier du Roi abattant la fameuse Bête du Gévaudan. « Notre » sanglier améliora grandement le repas car sa chair était très goûteuse. En parlant de Bête du Gévaudan nous ne vîmes jamais aucun loup dans l'isle.

     Mais revenons à la discussion de ce soir-là, qui avait pour thème le livre de Boswell. Quand nous eûmes fini d'accomplir nos tâches domestiques, Bastien s'éclipsa discrètement pour faire ses gammes sur sa guitare. Il préférait la musique à la discussion, ce que je comprends aisément. Ses notes nous serviraient d'agréable accompagnement sonore. Je restai  seul à converser avec le colonel. Maître Tancrède, comme souvent, ne disait mot, mais nous écoutait avec intensité et n'en pensait pas moins.

    « Alors Sergent Collot, dites-moi, me demanda mon supérieur, que pensez-vous du livre de Boswell ?

- Il raconte fort bien. Il décrit très bien l'isle. Avant de venir je pensais qu'il exagérait quand il s'extasiait sur la beauté des paysages. Mais maintenant que je les ai vus je peux simplement dire qu'ils sont magnifiques, tout comme décrits... Tout comme il l'écrivit je peux dire « la Corse est, sans contredit, une isle fort agréable. »

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Moi, Jean Thomas Collot -  Tome un : Au Temps des roisLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant