P R O L O G U E

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La nuit était déjà bien entamée quand Gaïa fut tirée de son sommeil en entendant des bruits sourds au rez-de-chaussée. Elle sursauta et se redressa, le cœur battant à tout rompre, tout en tentant de se rassurer. Pour une fois qu'elle dormait profondément, il fallait qu'on la réveille, et sûrement pour des broutilles !

Lorsque son mécanisme d'auto-protection commença à fonctionner et qu'elle fut assez assurée pour commencer à se lever, la porte de sa chambre s'ouvrit avec une telle violence qu'elle claqua contre le mur. Deux hommes entrèrent dans la pièce sombre. Gaïa recula jusqu'à sentir son dos se coller contre sa tête de lit et, les yeux agrandis par la peur, se mordit la lèvre inférieure pour résister à la séduisante tentation de se mettre à hurler. Vraiment, ça lui paraissait une bonne idée. Après tout, les deux hommes étaient immenses, et elle ne pouvait pas voir leur visage à cause de l'obscurité de la chambre. Et surtout, leur armure et leurs armes montraient qu'ils n'étaient pas là pour plaisanter. S'enfuir serait donc une excellente idée.

Mais avant qu'elle n'ait réussi à faire un geste, ils l'attrapèrent, chacun la soulevant par un bras, et l'obligèrent à se tenir debout. Heureusement - même si elle s'en serait bien passée -, ils la tenaient si serrée qu'elle ne pouvait pas tomber. Sans ça, elle n'aurait jamais réussi à tenir sur ses jambes.

Ils la trimballèrent jusqu'au rez-de-chaussée, la l'empoignant si fort que ses pieds effleuraient à peine les marches. Elle aurait des bleus. En plus, elle titubait sans aucun contrôle sur son corps. Non, vraiment, cette position ne lui plaisait pas. On la traîna jusqu'à une autre pièce...

Dans la cuisine, ses parents pleuraient, et elle comprit ce qui l'attendait en voyant leur expression dévastée. Elle ne pouvait pas se défendre. Invoquer ses pouvoirs serait une très mauvaise idée. Elle savait ce que les tentatives de résistance coûtaient.


- Maman, Papa, souffla-t-elle.


Et il était hors de question qu'elle perde ses parents parce qu'elle était trop égoïste pour faire ce qu'on attendait d'elle.

Merope et Sebasten n'osaient pas la regarder, brisés. Ils perdaient leur petite fille. Ils ne la verraient plus jamais. Malgré ce qu'elle venait de décider, Gaïa tenta de se révolter, incapable de se laisser faire, de se laisser enlever sans montrer de résistance. La soumission ne faisait pas partie de son caractère.

Seulement, Gaïa avait fêté ses dix-huit ans plus tôt cette année. Et à dix-huit ans, tous les jeunes du pays détenant des capacités surnaturelles étaient arrachés à leurs parents, destinés à être vendus à des laboratoires ou à de riches nobles dans une vente aux enchères. La société fonctionnait ainsi depuis la fin de la troisième guerre mondiale, quand la démocratie s'était effondrée pour laisser place à une monarchie absolue. Le pays avait été détruit, et le nouveau gouvernement refusait de laisser à des libéraux l'autorité - comme l'ancienne présidente, haïe par la Reine Alyssa. De plus, les divorces étaient interdits pour les couples formés avant la guerre, et certaines jeunes filles étaient vendues à dix-huit ans à des hommes qui venaient de l'autre bout du pays pour se trouver une femme... Après tout, le pays qui avait éprouvé de nombreuses pertes humaines lors de la guerre, avait bien besoin de se reconstruire peu à peu, n'est-ce pas ? Alors pourquoi ne pas accélérer le processus en utilisant les naissances qui avaient suivies ce nouveau mode de « mariage » et de vente ?

La tentative de rébellion de Gaïa fut vite écourtée. L'un des hommes la rattrapa par les cheveux et l'envoya valser contre un mur. Le coup fut si brusque et douloureux qu'elle retomba au sol, presque inconsciente, comme une poupée de chiffon. Le second soldat grommela quelque chose à son compagnon, sur le fait de la traiter avec plus de douceur, mais le guerrier blond n'en tint pas compte.

ÉlémentaleWhere stories live. Discover now