Chapitre V - Partie 3

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Davcina marchait le long des remparts de Thê. Cette muraille était composée de deux murs de roche, d'argile et de sable séparés par un large fossé inondé où nageait crocodiles et autres alligators. Le rempart de plus de cinquante-sept mètres de haut, serpentait au Nord de la ville le long des quartiers des artistes et des ouvriers avant de partir vers le nord pour rejoindre Effrê, de l'autre côté de la sîvh. La muraille protectrice se fondait ensuite dans les montagnes rouges et ne s'achevait qu'aux falaises de l'aube plongeant dans l'océan. Le mur intérieur de deux-cents mètres d'épaisseur servait non seulement de protection infranchissable mais aussi de voie de communication entre les quatre principales cités Tykatys. Thê et Effrê, dans la Grande Plaine Fertile, étaient ainsi directement liées à Laê, aux portes des montagnes, et à Ê-Vlâ, dominant le canyon pourpre.

En tant que peintre, la jeune femme aux cheveux sombres jouissait d'un statut assez élevé dans la société. Sa mission du jour consistait à redécorer les parapets de la muraille de fresques colorées et géométriques à la gloire de Dexoo. Vêtue d'une ample tunique de soie tachée de peinture, son pinceau au manche de corail traçait d'infimes arabesques brunes sur l'argile blanchie à la chaux. Depuis le début de la journée, son talent avait recouvert six mètres de long sur cinquante-sept de haut. C'était peu comparé à l'immensité du mur mais immense à l'échelle humaine. Sur la portion lui étant assignée, elle devait représenter Ervlêar, le troisième Rêve, fils direct de Dexoo.

Alors qu'elle finissait l'iris de la divinité, une voix l'interrompit :

« Vêl-Te ! L'Uhê te fait mander ! Remonte. » C'était un Vianeshiavas, un des six Suppôts-Prieurs dirigeant le clergé sous les ordres de l'Uhê. Si le Grand-Prêtre Bâtisseur voulait le voir, cela ne pouvait signifier que deux choses : soit il se passait quelque chose de grave, soit elle venait d'être promue en quelques instants, ce qui était peu probable. Davcina glissa donc son outil à sa ceinture et tira sur la corde de chanvre qui pendait à ses côtés. Son apprenti resté sur la muraille hissa la femme le long de presque vingt mètres de roche afin qu'elle reprenne pied sur un sol solide.

Elle ramassa son matériel et congédia son élève pour le reste de la journée. Elle avança vers le nord-ouest, suivant la douce courbe des remparts encombrés de charrettes de marchandises. Après une dizaine de minutes de marche rapide, l'artiste emprunta un escalier renforcé de poutres en bois et descendit vers les jardins du clergé. Normalement, elle aurait dû passer par la grande place aux ablutions afin de se purifier mais le suppôt-prieur avait bien dit « vite ». Elle fit donc une rapide pause à l'entrée des jardins verdoyants afin de faire de rapides purifications rituelles. Elle plongea sa main dans une jarre portant une flamme gravée sur l'anse et s'aspergea le corps et le visage de pigments rouges. Elle refit de même avec des pigments verts et bleus présents dans d'autres jarres. Pour des ablutions complètes, il était obligatoire de continuer la cérémonie avec des poudres cyan, jaune et magenta mais il semblait que sa convocation était urgente.

Davcina traversa donc ensuite les jardins remplis de fleurs exotiques telles que l'orchidée ou la rose. Tout en marchant, elle se demanda comment des plantes aussi fragiles arrivaient à survivre. Elle ne connaissait que les solides cactus du désert, capables de résister à de formidables sécheresses. En quelques minutes, elle eut atteint la large porte de santal fermant l'accès au formidable Temple de Dexoo : un édifice de pierre rouge de quatre-vingt-quinze mètres de haut comportant dix-huit minarets et seize coupoles. Devant elle se dressait une immense porte de santal gravée de scènes religieuses. Seize soldats vigilants montaient la garde devant la place forte du Dexooréisme. Lorsqu'elle s'approcha, les vigiles la laissèrent entrer dans l'imposant bâtiment.

Elle fut rapidement conduite auprès du Grand-Prêtre bâtisseur, à travers un labyrinthe de couloirs et de salles magnifiques couvertes de mosaïques chatoyantes. Après sept à huit minutes de marche, elle se retrouva devant une porte de corail massif. Elle projetait des reflets rose, bleus et dorés tout autour d'elle. Davcina était tellement subjuguée par la finesse de l'ouvrage que les gardes durent la sortir de sa transe pour sa rencontre avec l'Uhê. Celui-ci se trouvait dans une immense salle tapissée de corail brillant. Assis dans un trône d'or et de perles, le Grand-Prêtre Bâtisseur était un vieillard à la peau fripée qui portait en ses yeux les signes d'une vie d'épreuves et de souffrances. Derrière le siège sacré se trouvait une haute vitre offrant une vue plongeante sur le sanctuaire du lac corail. Immédiatement, Davcina se remémora les étapes du protocole et s'agenouilla dans une position biscornue, tandis que les serviteurs de l'Uhê l'aspergeait de pigments sacrés. Une fois cela fait, le chef religieux pris la parole :

« Bienvenue, Vêl-Te.

- Merci à toi, Ô Maitre de Corail, répondit Davcina en suivant le protocole.

- Je ne vais pas perdre de temps, prévint l'Uhê, parce qu'il se passe quelque chose de grave. Nos espions nous ont rapporté la mort du roi du Joinas.

- Et n'est-ce pas une bonne nouvelle ? Ce sont nos plus grands ennemis !

- En effet, mais son successeur nous en veut encore plus que son père, pour une chose dont nous ne sommes pas la cause. De plus, il semblerait que l'assassin du roi soit un Mage Brun aux pouvoirs étranges.

- Un Tlê-Vrâ ! Mais c'est impossible !

- Et pourtant si. Sa magie nous est inconnue. Et malheureusement, cet assassinat à attisé la haine que nous porte le Joinas. Et c'est là la raison de ta présence. Je te nomme Frâ-Vil, et ta première mission sera de résoudre cette affaire.

- C'est un grand honneur Ô Uhê, mais je n'ai aucune compétence dans les domaines dont j'aurais besoin pour cette mission.

- Et c'est là ta force, tu passeras inaperçue. Mais ne t'inquiète pas. Va au sanctuaire de Corail et présente leur ce sceau, ils t'aideront. »

Le Grand-Prêtre Bâtisseur ôta une bague de ses doigts et l'offrit à Davcina. La conversation se finit dans un silence et la Vêl-Te partit accomplir sa mission.

Chroniques de la Mâ - Partie 1/Les paladins de BhaldërusLisez cette histoire GRATUITEMENT !