La vengeance de Martin Giacobi

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Fier comme un paon, ravi de l'effet qu'il faisait sur Elisabetta, Martin Giacobi observait la jeune femme avec un sourire narquois.

François s'avança alors vers le corse en le menaçant de prévenir les gendarmes s'il ne laissait pas Elisabetta tranquille.

Posément, Martin Giacobi se positionna devant le jeune homme et lui dit :

- Je ne crois pas que nous ayons été présentés ? Je suis le fiancé de Lisa. Je pense donc que c'est plutôt à moi de vous demander de la laisser.

Et pour appuyer ses dires, Martin saisit le bras d'Elisabetta et il la força à marcher d'un pas rapide vers la maison de Maria-Lucia.

Une fois entré à l'intérieur, le corse regarda les deux femmes, une nouvelle fois très satisfait de sa petite surprise.

Il s'approcha ensuite d'Elisabetta dont il caressa doucement le visage. Puis, avec un petit sourire il lui chuchota à l'oreille qu'il lui souhaitait une bonne nuit et qu'il avait hâte de la retrouver le lendemain pour lui faire part des grands changements qui allaient intervenir dans sa vie.

Lorsqu'il referma ensuite la porte d'entrée dans un grand éclat de rire, Elisabetta fondit en larmes et elle tomba dans les bras de Maria-Lucia.

La jeune femme songea alors à Gabriel et elle se mit à paniquer : il avait beau l'avoir forcée à venir sur le continent et lui avoir pris sa fille, la présence de Martin à Marseille ne lui disait rien qui vaille.

C'est alors que la conversation qu'elle avait eu quelques jours plus tôt avec Maria- Lucia lui revint en mémoire : Les Giacobi n'avaient pas oublié ce que Gabriel avait négocié avec eux et à présent, ils allaient réclamer l'exécution du contrat qui avait été signé par les deux parties.
Elisabetta se demanda alors comment son frère avait pu à nouveau changer d'avis. Quand il l'avait entendu relater les faits qui s'étaient déroulés à Corti, elle s'était persuadée qu'il ferait tout pour qu'elle ne doive jamais épouser Martin mais à présent...

Le lendemain matin, Elisabetta se leva avec la mine défaite : elle n'avait pratiquement pas dormi et elle était terriblement angoissée à l'idée que Martin exige qu'elle devienne sa femme.

Elisabetta se regarda dans le miroir de sa chambre : ses longs cheveux châtains étaient ternes, son visage déjà mince était creusé et ses yeux verts étaient entourés de grands cernes.

Où était passé l'éclat de révolte qui brillait auparavant dans son regard ? Cet éclat qui, aux dires de Gabriel, suffisait à décourager n'importe quel homme à l'approcher au village.

Si Leandru la voyait...

La jeune femme passa lentement son index sur la fine cicatrice dissimulée par ses cheveux, souvenir d'une chute qu'elle avait faite dans le maquis à l'âge de cinq ans.

Où était donc passé le temps de cette jeunesse insouciante ?

En quittant Merusaglia pour Marseille, Elisabetta avait le sentiment d'être passée du rire à la douleur. Elle avait laissé dans son île tous ses souvenirs heureux, ces heures où elle ne se préoccupait pas de son avenir qui lui semblait tout à coup bien sombre.

Lorsqu'elle rejoignit Maria-Lucia dans la cuisine, Elisabetta essaya à nouveau de trouver une échappatoire, une solution qui lui permettrait d'éviter ce mariage avec Martin mais rien ne vint.

Fuir ? Elle n'avait pas d'argent et aucun endroit où aller.

Il ne lui restait qu'une seule chose : faire en sorte que Martin la déteste. La jeune femme tapa du pied en un geste de colère : non, jamais elle ne serait l'épouse de cet homme, jamais.

Cum' un cantu di libertaWhere stories live. Discover now