Une visite imprévue

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A Marseille, Elisabetta tentait, par ses études, d'oublier sa situation compliquée. Gabriel ne lui avait écrit aucune lettre pour lui donner des nouvelles de sa famille et la jeune femme ne cessait de songer à a mère et à sa grand-mère. Elles non plus ne lui avaient pas écrit. Se pouvait-il que son frère le leur ait interdit ?

En classe, Elisabetta avait du mal à se lier avec les autres filles, toutes pratiquement plus jeunes qu'elles. Lorsqu'elle écoutait leurs conversations, elle n'avait pas du tout envie d'y participer : elles parlaient de nouvelles robes, du bal du quatorze juillet et des garçons qu'elles espéraient séduire.

Elisabetta, elle, ne pensait à sa fille et à l'homme qu'elle aimait.

A plusieurs reprises elle avait débuté l'écriture d'une lettre pour sa grand-mère mais à chaque fois, elle avait renoncé car elle se doutait que Gabriel n'héisterait pas à lire le contenu de sa missive en espérant qu'elle révèle des informations au sujet du père de son bébé.

Lorsqu'elle avait appris que la guerre était terminée, Elisabetta s'était mise à espérer que Leandru et Matteu reviennent très vite en Corse. Puis, elle s'était effondrée sur son lit en pleurant : elle n'avait aucune certitude qu'ils soient encore en vie et si Matteu rentrait au village, aurait-il l'autorisation de la contacter ?

Plus les jours passaient et plus la jeune femme désespérait de rentrer chez elle, de retrouver son enfant et l'homme qu'elle aimait.

Au début du mois de juillet 1945, Maria-Lucia décida de provoquer une discussion avec Elisabetta. Elle n'avait rien dit tout au long de l'année scolaire pour ne pas perturer la jeune femme mais à présent, en constatant que son teint était pâle, qu'elle maigrissait à vu d'œil et qu'elle ne passait aucun moment avec ses camades de classe, la corse songea qu'il était grand temps de venir en aide à celle qu'elle hébergeait depuis presque dix mois.

Méfiante, Elisabetta suivit l'amie de sa mère dans la cuisine de sa maison et elle s'assit sur une chaise sans rien dire.

- Ta maman est une de mes amies et je ne supporte pas de voir sa fille aussi malheureuse. Dis-moi ce que je dois faire pour t'aider Lisa. Je sais que tu n'es pas bien, il est inutile de continuer à le cacher.

Ce furent les mots de trop pour Elisabetta. La jeune femme se décida alors à confier à Maria-Lucia sa décision de s'engager avec Leandru, le soutien qu'ils avaient réussi à obtenir d'Alba et de Rose, les colères de Matteu et de Gabriel, les arrangements avec la famille Giacobi, le départ de Leandru pour l'Italie, la naissance de Clemenzia et la décision de Gabriel de l'envoyer sur le continent.

Plus elle parlait et plus le visage de Maria-Lucia se décomposait : elle n'imaginait pas qu'à vingt ans à peine la jeune femme puisse avoir vécu autant de tragédies dans sa vie.

Bien entendu elle avait connaissance de la haine que se vouaient les Venazzi et les Casaleccia depuis plus de deux siècles mais elle savait aussi que la plupart des membres des deux clans n'étaient pas prêts à faire la paix.

Maria-Lucia comprit alors les réticences d'Elisabetta lorsqu'elles étaient invitées à partager le repas chez des amis le dimanche. A plusieurs reprises, François, le fils des voisins de Maria-Lucia avait invité la jeune femme pour l'accompagner à des concerts de musique classique avec ses parents mais Elisabetta avait systématiquement refusé.

A présent, l'amie de Louise Casaleccia comprenait mieux ces refus.

La jeune femme, qui sanglotait toujours, releva alors brusquement la tête :

- Tu ne vas rien dire n'est-ce pas ? Tu ne vas pas écrire à maman ou à Gabriel ?

- Non Lisa, je te le promets je ne dirai rien. Mais...tu sais que si Leandru ne revient pas, tu ne pourras pas longtemps rester éloignée de Martin.

Cum' un cantu di libertaWhere stories live. Discover now