La chèvre

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Techniquement, la fermeture des magasins nous permet à tous de faire autre chose.

Nous entrons par la deuxième barrière en partant de la droite, nous faufilons à travers trains et musées.

Puis nous repartons aussi subrepticement que nous étions venus, avec la même lumière et la même sobriété dans le regard.

La plante n'a rien remarqué, en fait elle croit avoir tout remarqué mais n'a rien dit à personne.

Et ainsi se perpétuent plusieurs étendoirs d'informations qui courent les uns à travers les autres dans les grands prés des données, dans les serveurs de l'entreprise.

Plusieurs animaux se trouvent bloqués dans les flux de données, telle que cette girafe sanglante qui est restée depuis le mois de juillet au bord d'un arbre routier, persuadée que reviendrait un jour la patience des véhicules oubliés.

On entend parfois aussi parler de plusieurs sourcereaux que la mer a laissés pour compte dans son grand dédale de couvertures opaques et que nous n'avions plus jamais recensés sans s'en être rendu compte.

On entend aussi parler d'autres animaux, leurs noms échappent à tout contrôle, ils ne savent même plus ni compter ni apprendre, leur mémoire même a débouché sur plusieurs foules de stratégies complexes qui sont parties et arrivées dans d'autres regards, dans d'autres masques.

La nuit tomba.

On récoltait le butin puis on comptait à haute voix les chiffres qui le composaient : chatre, martinle, pratangue, alvule, albémole, sartine, quatorle-treide, vingtredi, martre, marble, martre, martne, matune, martre, martre gabelin, gobilla métondier, salubloque, salinglinge, ytune, ytin, marte, martre, martre-trois, maturiel, julin, etc...

Puis la cloche retentissait, elle nous faisait signe d'entrer et, au grand dam de tous, la pièce se trouvait vide, pas même un directeur financier pour nous éconduire de sa voix suave et tranchante. Pas même un petit dégoût laissé dans le coin du mur.

Alors nous ne faisions plus attention au butin et la manille se prolongeait d'elle même jusqu'à couler à contre-sang.

L'hôtel accueille plusieurs véhicules de luxe d'occasion que se partagent les employés et réciproquement, on leur donne un peu à manger en guise de rétribution, puis nous partîmes.

La mer nous attendait encore en se gargarisant de sa propre eau salée jusqu'aux couilles. On entre dedans, on s'installe confortablement puis on laisse pétrir toutes les pâtes.

La voilà bien avancée et alors déjà omise depuis sa tangente.

- Qu'aviez-vous fait de vos butins précédents, entonna-t-elle en chantant ligoureuement

- Nous les avions répandus parmi la chaire, répondis-je simplement.

Il s'en va.

- Et lui, quand arriva-t-il ?

- Nous ne le savons pas encore, nous ne l'avons pas encore lavé de tous soupçons.

- Nous allons ouvrir le ventre de la chèvre en guise de rétribution et nous répéterons l'opération autant de fois que nécessaire.

- Nous ferons la même chose avec la volaille.

- Pouvons-nous procéder ?

- Oui, dis-je amèrement.

C'est donc parti. Un goût sucré-salé commence à se faire sentir dans toute la pièce et on ne le remarque déjà presque plus, voilà qu'il est parti, on se demande même à quel point il a déjà été là ou s'il était trop douillet pour se faire remarquer.

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