Ruby (9) - 13 janvier 2042 ( NV)

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— OK, Ruby, reprend le géant. J'ignore comment une gamine comme toi est venue se perdre dans les souterrains, mais comme Sammy a jugé bon de te ramener ici, je ne vais pas te jeter dehors. Je ne voudrais pas qu'on raconte que le Général manque d'hospitalité. Par contre, il va falloir que tu enlèves tes vêtements.

— Quoi ? ! Mais ça ne va pas ! Espèce de malade ! m'exclamé-je, prête à me précipiter vers la sortie.

Si ces types croient que je vais me laisser faire bien gentiment, ils se mettent le doigt dans l'œil. Je ne suis peut-être pas en position de force, mais je me battrais jusqu'au bout.

— Je pense qu'on s'est mal compris, rectifie l'homme avec un geste apaisant. Il faut dire que je n'ai plus l'habitude de parler aux jeunes filles. Tes habits sont couverts de poussières. Tu vas en mettre partout. Enlève juste ta parka et ton pantalon. Sammy va te filer un de ces joggings. Je te prêterais bien un des miens, ajoute-t-il tandis qu'un sourire amusé se dessine sur son visage, mais j'ai peur qu'il soit un peu grand pour toi.

— Oh...

Maintenant qu'il le dit, je me rends compte que l'endroit est étrangement propre pour un tunnel abandonné. Je ne sais plus où me mettre. Ce type m'accueille chez lui et je ne trouve rien de mieux que de le soupçonner des pires intentions. En même temps, la soirée que je viens de vivre ne me pousse pas à la confiance.

Je me tourne vers le fameux Sammy. Focalisée comme je l'étais sur le colosse à la cicatrice, je n'avais pas remarqué qu'il s'était débarrassé de son sweat et de son jean. Je rougis en le voyant se diriger vers le tas de cagettes en T-shirt et en caleçon. Je sais, j'en fais un peu trop. D'ailleurs, Debbie se moque souvent de moi à ce propos. C'est vrai, quoi, il ne balade pas non plus complètement à poil ! Mais que voulez-vous, même si je ne crois plus en Dieu depuis longtemps, certains tabous restent difficiles à transgresser. On ne se défait pas si facilement de l'éducation qu'on a reçue.

— Sammy, enfile un pantalon, ordonne le Général en remarquant mon malaise. Tu ne vois pas qu'on a une invitée.

Le garçon rougit à son tour.

— Excuse-le, ajoute-t-il à mon attention. À force de vivre entre hommes, on finit par prendre de mauvaises habitudes.

Une fois un peu plus vêtu, l'adolescent me tend un vieux jogging. Le plus âgé se retourne pour que je puisse me changer, mais son compagnon continue de me fixer bêtement. S'il espère que je vais me déshabiller devant lui, il peut toujours attendre.

— Sammy, laisse un peu d'intimité à notre invitée ! lance le géant d'un ton qui montre qu'il a l'habitude de donner des ordres.

Comment a-t-il deviné alors qu'il nous tourne le dos ? Quoi qu'il en soit, le garçon lui obéit sans discuter et je peux enfin me changer. Je m'habille le plus vite possible au cas où l'un d'eux déciderait de regarder quand même. Je ne leur fais pas totalement confiance. Surtout à ce Sammy qui se comporte de façon si étrange.

— Voilà, je les préviens quand j'ai terminé.

— Pose tes vêtements contre le mur et approche. Je ne vais pas te manger.

Ma parole, ce type passe son temps à donner des ordres. On dirait mon père.

— Ne reste pas planté là. Assois-toi.

Je m'exécute, posant un bout de fesse sur une des chaises en plastique. Je ne peux m'empêcher de remarquer l'exemplaire d'Alice aux pays des merveilles qui traîne sur la table. J'ai du mal à imaginer mon hôte lire ce genre de choses. J'ai du mal à l'imaginer lire tout court. J'entends dans un coin de ma tête la voix de mamie Rose m'engueuler pour ce jugement au faciès.

— Désolée mamie Rose, murmurai-je en caressant Victor, je ne le referais plus

L'adolescent me jette un drôle de regard. Et oui, je parle toute seule. Et alors ?

— J'étais en train de faire du thé, tu en veux ? me propose l'homme à la cicatrice.

Je secoue la tête. Je suis tellement crevé que j'arrive à peine à garder les yeux ouverts.

— Cela fait longtemps que tu traînes dans le coin ? Tu as l'air complètement exténué.

Sans attendre la réponse, il enchaîne :

— Tu n'as qu'à prendre mon lit et dormir un peu. On verra ce qu'on peut faire de toi quand tu te seras reposé. D'accord ?

J'accepte avec gratitude. Je sais, ce n'est pas très prudent de piquer un somme au milieu de parfaits inconnus, mais de toute façon, vu la carrure du type, s'il voulait m'agresser, je serais bien incapable de l'en empêcher.

Je me couche tout habillée au-dessus des couvertures. Je pensais que j'aurais quelques difficultés à trouver le sommeil au vu de la situation, mais mon pauvre cerveau n'attendait que de couper le courant. À peine eus-je fermé les yeux que je plonge au pays des rêves. 

Le pays des enfants parfaits ( En cours de réécriture)Là où vivent les histoires. Découvrez maintenant