Ruby (9) - 13 janvier 2042 ( NV)

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Je me demande bien où m'emmène ce type. En lieu sûr, m'a-t-il dit. Je ne suis pas certaine de pouvoir lui accorder ma confiance. Il me regarde d'une drôle de façon, un peu comme ces mômes de la boutique de jeux vidéo, mais en plus glauque. En même temps, c'est ça ou tenter ma chance seule dans les souterrains. Je jette un coup d'œil nerveux derrière moi et frissonne. L'obscurité semble gagner du terrain, se faisant plus profonde de minute en minute. J'accélère le pas pour me porter à la hauteur de mon guide.

— C'est encore loin ? je demande pour essayer de distraire mon attention de cette angoisse qui me noue les tripes. J'ai l'impression que cela fait une éternité qu'on marche.

Il me dévisage un instant, puis hausse les épaules.

— Ne t'inquiète pas, on est presque arrivé.

Il reprend sa route comme si de rien n'était. Je soupire et serre plus fort Victor contre moi. J'espère qu'il dit la vérité, parce que mes nerfs ne vont pas tarder à lâcher. Je n'ai qu'une envie : me cacher sous ma couette pour pleurer tout mon soul. Si seulement, j'avais accepté d'accompagner Debbie à cette fichue soirée...

Au bout d'un temps qui me semble interminable, le garçon s'arrête devant une vieille armoire métallique. Il la pousse dévoilant un trou dans le mur assez large pour laisser passer un homme adulte. De la lumière s'en échappe.

— C'est là, m'indique-t-il en me faisant signe d'entrer.

J'hésite un bref instant, mais un regard en arrière me convainc d'y aller. Au point où j'en suis. Je prends une grande inspiration et me glisse dans l'ouverture.

*

— Qui c'est celle-là ? Demande quelqu'un à ma droite.

La voix est grave, rocailleuse. Je tourne la tête dans sa direction, mais après avoir cheminé dans la pénombre pendant si longtemps, mes pupilles peinent à s'acclimater à la soudaine luminosité.

— Elle est avec moi, répond le garçon.

— Je vois bien qu'elle est avec toi, Sammy. Ce que je veux savoir, c'est qui elle est et surtout ce qu'elle fait là.

Ma vision s'éclaircit enfin. Je recule d'un pas. L'homme qui se tient devant moi doit mesurer dans les deux mètres. Une énorme cicatrice lui barre le côté gauche du visage, le défigurant totalement.

— Et toi l'inconnue, tu as fini de me dévisager comme ça, me lance-t-il d'un ton bourru.

Je détourne rapidement les yeux. Ce type me donne l'impression qu'il pourrait me casser en deux sans le moindre effort. N'osant pas le regarder par peur de le froisser, je reporte mon attention sur les lieux qui m'entourent. Je me trouve dans une sorte de tunnel dont un éboulement a bloqué l'un des côtés. L'endroit a été aménagé de façon spartiate : une table de pique-nique, deux vieux matelas isolés du sol par des palettes en bois, des caissettes de supermarché empilées les unes sur les autres en guise d'armoire, un mini-frigo qui semble avoir vécu des jours meilleurs, une gazinière... Le tout éclairé à la lumière crue des néons.

— Bon, puisque tu t'invites chez moi, puis-je au moins connaître ton prénom ? Me demande le colosse.

Je ne me suis pas à proprement parler invité chez lui, puisque c'est ce garçon, Sammy, qui m'a conduite ici, mais le moment me paraît malvenu de lui en faire la remarque.

— Je m'appelle Ruby, je réponds avant d'ajouter poliment : monsieur.

Comme le dit toujours mon père, un minimum de savoir-vivre ouvre toutes les portes.

Le pays des enfants parfaits ( En cours de réécriture)Là où vivent les histoires. Découvrez maintenant