Plongée au cœur de l'horreur

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Tu es tapie pareillement à un animal pris au piège. Coincée dans un angle de la cave, tu persistes à vouloir t'échapper malgré des gesticulations dérisoires. Sans succès, tu tentes de te défaire des liens qui t'entravent. Jubilant, je m'approche, ayant pleinement conscience de la valeur de ton sacrifice. Sur ton visage décomposé, les mèches trempées de ta chevelure rousse sont plaquées telles des racines tordues.

Tes appels au secours inutiles me font espérer la promesse du dénouement. Je ne suis plus qu'à quelques pas de toi. Bien que proprement ficelée, tu n'as pas abdiqué. Telle un ver de terre, tu te contorsionnes sur le sol afin de te soustraire à ma présence.

— À l'aide ! Sauvez-moi ! répètes-tu en boucle pathétiquement.

En dépit des clameurs, je m'agenouille près de toi, serrant mon couteau dans la main droite. La lame brandie face à ta joue te glace le sang : tu te figes comme un pantin de cire, t'abritant derrière un masque immatériel. Je t'admire pour ton détachement, martyre sacrifiée sur l'autel du renoncement.

Lorsque le reflet de la lame trace dans la semi-obscurité une trajectoire filante, on dirait que tes yeux verts sont expulsés de leurs orbites. Pourtant, l'antienne de ta voix brisée psalmodiant des propos incohérents se meurt quand je sectionne les cordes qui enserrent tes poignets et tes chevilles.

La stupeur, l'angoisse, entre autres, défilent sur ton front soucieux. Je me redresse sans précipitation pour que mes gestes ne t'affolent pas.

— N'essaie pas de t'enfuir ! ordonné-je d'un ton sans appel. Si tu m'obéis, je ne te ferai aucun mal.

Je recule d'un pas pour mettre un peu de distance entre nous et te laisser le temps de digérer mon avertissement. Ton cerveau doit être en ébullition, mais tu ne sembles pas comprendre. Néanmoins, ton instinct te dicte d'attendre sans bouger. Tu frissonnes, incapable d'envisager de te remettre debout un jour.

— Vera...

C'est la première fois depuis que nous sommes enfermés dans cet endroit que je t'appelle par ton prénom.

— Vera, ton rôle s'achèvera bientôt. La tragédie touche à sa fin et tu en seras l'héroïne.

— Non ! Non ! Rends-moi la liberté ! supplies-tu.

Une telle demande me déçoit beaucoup de ta part, même lasse et hagarde. J'ai envie de faire machine arrière... Mais il est trop tard !

— Arrête de geindre, pauvre folle ! J'ai un marché honnête à te proposer. Si tu acceptes, je te laisserai la vie sauve.

À ta façon de sursauter, je savoure mon effet de surprise. Bouleversée, tu te lèves sans que je t'en donne l'autorisation. Tu me regardes, en ne sachant pas à quel jeu pervers je joue. La tête entre les mains, tu ne sais plus à quel saint te vouer... Dommage, nous n'avons pas évoqué les questions religieuses.

— Je ne plaisante pas, poursuis-je. Je t'épargnerai si tu exécutes quelque chose de précis pour moi.

Je devine aisément, à ton air livide, que tu imagines un acte sexuel. Ta virginité n'est plus qu'un souvenir, mais tu n'oses pas formuler tes craintes les plus intimes.

— Je veux que tu me poignardes !

Alors que je t'offre sur un plateau le moyen de me punir, tu te détournes pour vomir de la bile. Ta beauté a pris un coup dans l'aile, cette nuit. Ton teint chiffonné, tes cheveux en bataille, tes yeux rougis par les pleurs répétés... Tant de signes qui te font paraître prématurément vieillie.

— Je suis sérieux. Tu es le dernier maillon de la chaîne. J'exige que tu prennes l'arme, puis que tu frappes au cœur en plongeant la lame dans la poitrine de celui qui t'a séquestrée et torturée psychologiquement pendant une partie de la nuit !

Toujours incrédule, tu ne quittes pas le couteau du regard. La requête monstrueuse t'horrifie, à tel point que tu préférerais mourir plutôt que de donner la mort. Je lis dans tes yeux l'expression de tes scrupules. Quelle ironie ! Tu n'es pas capable de débarrasser la planète d'un tueur en série au prix d'un simple meurtre ?

— Si tu n'agis pas, Vera, non seulement je me ferai un plaisir de te tuer à petit feu, mais en plus, je me vengerai sur les membres de ta famille. Ta petite sœur adorée, par exemple, son cœur deviendra le joyau de ma collection ! Tu n'aurais pas dû te confier à son sujet.

Tu réalises enfin le but de mon existence. Ton rictus de haine n'en est que plus marqué. Tu jettes un coup d'œil vers la sortie ; l'espoir de survivre à ce sous-sol sordide te galvanise. Une énergie nouvelle te transporte ailleurs, hors de ce lieu qui te donne la nausée. Une telle rage t'habite à présent, que le désir de vengeance prend les commandes.

Plus rapidement que je ne l'aurais supposé, tu empoignes l'arme offerte sur la paume de ma main ouverte. Un instant, tu envisages de prendre tes jambes à ton cou, de m'abandonner à mes fantasmes. Mais tu sais que tes chances de réussite sont nulles ; tu me fais face, pointant la lame dans ma direction. Tu serres le manche à t'en faire blanchir la peau de ta main qui tremble. Est-ce le sentiment d'ignominie lié à l'acte que tu t'apprêtes à commettre ?

Sans prévenir, tu laisses déferler la rancœur accumulée contre moi, plantant l'acier de la lame en plein dans mon cœur. Tu n'as pas la force physique pour me tuer sur le coup, aussi, je vacille sous l'impact avant de m'écrouler sur le sol. Tu n'assisteras pas à mon agonie, car tu t'enfuis en hurlant de terreur, prenant la mesure de ton crime. La porte de la cave n'était pas fermée à clé : tu disparais à jamais de ma vie.

Frappe au cœur !Là où vivent les histoires. Découvrez maintenant