Palpitant

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J'entends que tu pleures, que tu trépignes. Nous devons faire l'économie de paroles, s'abstenir d'user des mots. Seuls les sentiments primaires m'intéressent. J'ai le temps... La nuit sera longue : le lever du soleil est incertain. J'ai besoin de ta peur pour accomplir ma mission sacrée.

Lorsque j'aurai terminé, je te le promets, j'offrirai le présent à ma mère. Un cœur encore palpitant pourra rejoindre les autres dans le congélateur. Ma série s'enrichira d'un organe jeune et robuste. Eva apprécierait, elle dont la poitrine aux mamelles gonflées fut frappée avec un tel acharnement que les battements cardiaques s'interrompirent. À cette expérience différente, j'ose croire que malgré le coup porté, l'élu survivra, prolongera sa respiration haletante.

— Co... Comment je m'appelle ? bredouille-t-elle.

Je n'en crois pas mes oreilles ! Tu oses me poser une question triviale, femme en transit. Je me retiens de te sauter à la gorge et de plonger la lame d'acier dans ton sein gauche.

— Tu mourras dans d'affreuses souffrances ! rétorqué-je sans une once de pitié.

Jamais une victime expiatoire ne s'était permis de m'interroger. D'ailleurs, la prisonnière hésite avant de réitérer son manège. Secouée de spasmes qui la défigurent, les poignets attachés derrière le dos, l'inconsciente rouquine n'en mène pas large.

— Moi... C'est Vera, se rappelle-t-elle en fixant le sol.

Je ne lui laisse pas la possibilité d'une réponse en me jetant sur elle. J'empoigne son cou de cygne téméraire dans ma main tremblante.

— Tu es folle ! J'aurai déjà pu te tuer mille fois... Trop de temps perdu.

Je ne sais pas ce qui me retient de comprimer davantage ta trachée pour achever l'étranglement... Certainement pas tes yeux exorbités, ni ta bouche grande ouverte, tentant d'aspirer un filet d'air.

Délaissant la strangulation, je m'écarte de toi comme d'une pestiférée. Mon père avait conclu son assassinat de la sorte. Je retourne à ma place, de l'autre côté de la pièce. Pendant que tu reprends ton souffle, j'ouvre la partie la plus froide du réfrigérateur. Cinq cœurs sont alignés, enveloppés dans leurs poches plastifiées. La température négative a transformé les organes en blocs durs et lourds. Je les caresse les uns après les autres, conscient que tu m'observes.

— De quel droit t'immisces-tu entre moi et ma mère ? grondé-je, d'une voix rauque, refermant le compartiment.

Accroupi, les paumes jointes, je lutte pour maîtriser la rancœur qui grouille au fond de moi, semblable à une nuée d'asticots. L'ouvrir telle une huître, extraire la perle de son corps, voilà qui me rassérénerait. Je ne peux plus attendre, l'aube approche inexorablement.

— Qu'ai-je fait de mal ? demande-t-elle en articulant péniblement.

Je ne supporte pas les reproches ! Je lui jette la bouteille en plastique qui s'écrase contre le mur au-dessus de sa tête. Elle tente de s'enfuir, mais ses pieds et poings liés ne le lui permettent pas. Je m'attends à ce qu'elle implore ma miséricorde, que ses sanglots brisent l'atmosphère tendue comme une corde de pendu. Mais elle ne dit rien, me dévisageant, apeurée.

— Tue-moi ! Qu'on en finisse ! supplie-t-elle, les yeux larmoyants.

Enfin, l'instant est arrivé... Elle est à ma merci. Les images hanteront ses longues nuits durant l'éternité. Je me redresse fièrement, dominant de toute ma hauteur cette proie résignée. Le jeu a duré plus longtemps que d'habitude, mais il en valait la chandelle. D'un pas décidé, je me dirige vers l'offrande à la mémoire de celle que j'aimais. Je vais pouvoir achever ma collection de cœurs.

Frappe au cœur !Là où vivent les histoires. Découvrez maintenant