Grand bond

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Le cœur de la pénombre emprisonne tes pensées. En dépit de la pleine lune qui brille, je sais que tu as peur. Tu ne comprends pas ce qu'il t'arrive... La soirée avait pourtant bien commencé pour toi dans cette boîte de nuit : sous les feux multicolores, dans la foule qui s'amusait, tu te croyais à l'abri. Le DJ envoyait des tubes à la mode et les nombreux danseurs, dont tu faisais partie, se déhanchaient frénétiquement.

Assise par terre contre le mur humide de la cave, les mains attachées dans le dos, je m'enivre de ta respiration saccadée et de ton agitation stérile. Tes suppliques murmurées sont étouffées par le bandeau sur ta bouche. Je t'observe, debout, dans l'angle diamétralement opposé de la pièce. Je suis beaucoup plus grand et fort que toi : ton enlèvement a été presque trop facile.

Les derniers coups de minuit s'estompaient lorsque je me suis approché de toi, tu attendais sagement au bar une boisson commandée. Je t'ai abordée en plaisantant à propos de la couleur de tes cheveux roux. Tu aurais dû mal le prendre, m'envoyer balader. Au contraire, tu m'as répondu du tac au tac : « Un blondinet, même avec un look de surfeur, n'avait rien à lui envier ! ». On a éclaté de rire ensemble et immédiatement, j'ai su que c'était gagné. Un samedi soir de plus où je ne rentrerai pas seul à l'appartement.

J'aime les filles à la chevelure flamboyante. L'éclat de tes yeux vert émeraude ne gâchait rien. Un vrai physique de top modèle ! Comment une si jolie nana s'est-elle retrouvée toute seule dans un night-club ? Nous n'avons pas suffisamment évoqué ta vie privée...

Tes gémissements interrompent le fil de mes réflexions, alors que quelque part, un clocher sonne quatre heures du matin. Je ne voudrais pas que l'histoire s'achève trop vite. Tu transpires abondement : j'exècre l'odeur de sudation ! Malgré la chaleur estivale, j'ai condamné le vasistas qui permettait à l'air de circuler.

Je remplis un verre en plastique d'eau fraîche en provenance de la bouteille qui séjournait dans le réfrigérateur vide, excepté le bac de congélation. Un couteau dans une main, je m'approche de toi qui écarquilles les yeux, tentant vainement de te soustraire à la lame.

— Je vais ôter ton bâillon. Si tu cries, je t'égorge. C'est bien compris ?

Tu hoches la tête en signe d'approbation, le regard empli d'effroi. Je dénoue lentement le tissu grossier qui enserre tes lèvres pulpeuses. Tu bois comme une enfant apeurée. L'eau coule sur ton menton, dévale le long de ta gorge, puis, s'égare dans ton sillon mammaire. Dès que tu as étanché ta soif, je t'entrave à nouveau sans une parole.

Tu me fixes avec ce même mélange de désespoir et de terreur que toutes les précédentes. Je recule doucement, pour ne pas trop te brusquer. Je ne veux pas t'affoler inutilement : les hystériques m'énervent, leurs sautes d'humeur sont mauvaises conseillères.

Par chance, je n'ai pas besoin d'allumer la lumière, car la nuit est claire. L'astre nocturne diffuse une aura bénéfique. Les étoiles scintillent, telles des bougies sur un arbre de Noël. On pourrait croire que la Nature approuve ma quête. Je me rends compte que tu pleures en silence, t'efforçant de refouler les larmes dont les sillons ternissent le fond de teint de tes joues d'albâtre.

Par habitude, j'ai toujours un paquet de mouchoirs dans la poche. Tu te raidis tandis que je m'agenouille à hauteur de ton visage souillé. D'un geste infiniment doux, je t'effleure délicatement la peau ; tu trembles, tu te rebiffes, tu refuses mes caresses en t'agitant dans tous les sens. Quelle ingratitude ! La gifle retentissante est méritée ! Reprendre le contrôle de ses nerfs...

Maintenant, tu te tiens tranquille ; la marque douloureuse sur ta joue t'a enseignée qu'il n'est pas dans ton intérêt de me fâcher. Tant mieux ! Nous allons pouvoir continuer.

Frappe au cœur !Là où vivent les histoires. Découvrez maintenant