Samuel (1) - 17 ans deux mois et sept jours ( NV)

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Je marche d'un pas rapide, tous les sens aux aguets. Pourquoi faut-il que Jacob ait décidé de s'enterrer au -4 ? Et surtout, qu'est-ce qui m'a pris d'aller lui rendre visite ? Je déteste descendre aussi bas. Sérieux ! Ça m'apprendra à fréquenter une espèce de gros asocial qui ne supporte pas l'idée que les gens de la surface investissent le premier niveau. C'est sûr qu'au -4, il ne risque pas de croiser grand monde. En tout cas, vaut mieux pas, vu le genre d'énergumène qui trainent dans le coin.

Je me fige en entendant un cri. Quand je disais que cet endroit craignait un max. Je tends l'oreille. La voix appartient à une femme. Et elle semble en mauvaise posture. Je fronce les sourcils. Première règle de la vie dans les souterrains : ne pas se mêler des affaires des autres. Si encore je me trouvais dans le coin de la Rose rouge, peut-être que...mais ici... C'est tout simplement du suicide.

Un nouveau hurlement retentit, plus fort que le précédent. Et zut ! Je ne peux tout simplement pas rester ici à l'écouter se faire massacrer.

J'avance prudemment dans la direction d'où provenait le bruit. J'ai entendu dire que des trafiquants d'êtres humains sévissaient à ce niveau. Me jeter de façon inconsidérée dans la gueule du loup ne servirait qu'à nous faire tuer tous les deux. Enfin, je distingue une silhouette. Seule. Je pousse un soupir de soulagement en reconnaissant la grande carcasse décharnée de Toby. Qu'est-ce que fiche cet imbécile de junkie au -4 ? En tout cas, il ne perd rien pour attendre. S'en prendre à une pauvre fille sans défense, même venant de lui, je trouve ça complètement minable.

— Laisse-là tranquille, lui ordonné-je en m'avançant de quelques pas.

— Fous-moi la paix et va t'occuper de tes affaires, me crie-t-il sans prendre la peine de se retourner.

Il ne m'a même pas reconnu. À tous les coups, il plane à dix milles. Foutu toxico. Si cela tenait qu'à moi, cela ferait longtemps que je lui aurais mis la raclée qu'il mérite.

— C'est toi qui vas dégager, Toby. Tu ne veux pas que le récit de tes exploits arrive aux oreilles du Général.

La menace est assez forte pour qu'il parvienne à raccorder ce qui lui reste de neurones. Il lâche la fille, qui s'écroule par terre. Il se tourne ensuite vers moi.

— Samuel, je suis désolé. Je t'avais pas reconnu. S'il te plaît, ne dis rien au Général. Je l'ai à peine touchée cette fille. Et puis qu'est-ce qu'elle fait là, d'ailleurs ? Ce n'est pas l'une des nôtres. Je n'aurais jamais touché à l'une des nôtres. Tu le sais, n'est-ce pas Samuel ?

Il geint comme un enfant pris en faute. Ce type n'a donc aucune fierté. Il renifle bruyamment en attendant ma réponse. Il me dégoûte.

— Tu n'es pas l'un des nôtres, Toby. Et tu ne le seras jamais ! Alors, maintenant dégage !

Il s'éloigne de quelques pas, puis se tourne vers moi :

— Tu ne le diras pas au Général, dis ?

Je serre les poings. Ce mec mériterait des gifles.

— Va-t'en, Toby. Tout de suite !

Il lève les mains en signe de reddition.

— C'est bon, t'énerves pas, mec. Je m'en vais.

Je le regarde s'éloigner d'un pas trainant, puis reporte mon attention sur la fille recroquevillée dans un coin. Son corps est agité de tremblements incontrôlables. Je voudrais la consoler, mais je crains d'aggraver la situation. Elle a l'air tellement terrifiée. On dirait un animal pris au piège. Je reste donc planté là comme un idiot en attendant qu'elle se calme.

Le pays des enfants parfaits ( En cours de réécriture)Là où vivent les histoires. Découvrez maintenant