De Colmar à Stuttgart (2ème partie)

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Leandru et Matteu furent une nouvelle fois engagés dans de violents combats dans un petit village dont il ne restait pratiquement plus rien.

Les rues étaient désertes et recouvertes de neige.

Cachés derrière un muret de pierres à moitié effondré, les deux corses attendaient le signal pour passer à l'offensive quand Leandru vit au beau milieu de la route un petit garçon qui était si apeuré qu'il était incapable de bouger.

Le jeune homme se précipita alors vers l'enfant et, tandis que les mitraillettes crépitaient autour de lui, il réussit à mettre le garçonnet en sécurité derrière le muret où il se tenait quelques minutes auparavant.

- Non mais t'es malade ? Tu ne pouvais pas demander un coup de main au lieu de partir comme ça sans prévenir ?

- Je ne pouvais quand même pas laisser ce gosse au milieu de la rue !

- Ouais et tu sais que tu aurais pu te faire descendre ? J'aurai dit quoi à ma sœur en rentrant en Corse hein ? Toi aussi tu as un gosse je te rappelle. Et il aura besoin de son père. Alors t'es gentil mais la prochaine fois tu préviens avant de nous refaire une opération suicide.

Cette fois les combats ne durèrent pas longtemps. Acculés, les allemands préférèrent se rendre et ils commencèrent à sortir des différents bâtiments où ils s'étaient cachés. Les soldats valides portaient les blessés et tous avaient le visage marqué par la fatigue.

L'enfant que Leandru avait sauvé semblait être l'un des rares survivants de son village. Il fut rapidement emmené à l'arrière du front par deux soldats français tandis que le reste de la division reprenait sa route.

Lorsque Matteu passa à côté d'une voiture allemande qui avait fini sa course contre le mur d'une maison, il frissonna en regardant le cadavre du chauffeur qui pendait, tel un pantin désarticulé, sur le siège côté conducteur.

Les flocons tombaient de plus belle et recouvraient les corps mutilés ou brûlés des soldats alliés et allemands.

Des habitants se mirent alors à sortir de leur cave, parfois surpris de découvrir leur maison encore debout. L'air hagard ils observaient les rues dévastées de leur village.

Leandru aurait bien voulu les aider mais il savait qu'il devait continuer son chemin. A la sortie du bourg, il aperçu les cadavres de deux vaches et l'odeur pestilentielle qui s'en dégageait obligea le corse à presser le pas.

Il détourna également la tête lorsqu'il vit des civils dépecer un cheval afin de se nourrir.

Les prisonniers allemands furent acheminés vers un camp d'internement : la longue colonne était visible à des kilomètres à la ronde tout comme celle, très différentes des malheureux civils qui avaient tout perdu dans les combats et qui étaient contraints d'abandonner ce qu'ils avaient mis une vie à construire. Certains avaient la chance de posséder une carriole et des chevaux et ils avaient entassés matelas, vêtements et meubles encore en état pour tenter de rejoindre des contrées moins exposées aux bombardements. Après avoir connu l'occupation pendant plus de quatre longues années, un nouveau chemin de croix débutait pour les villageois et Dieu seul savait de quoi leur avenir serait fait.

Colmar était proche : plus les français approchaient de la ville plus ils voyaient le long des routes des carrioles ou des voitures abandonnées, encore remplies des effets que les civils avaient voulu emporter dans leur fuite.

Enfin, Leandru et Matteu pénétrèrent dans la ville : inquiets ils regardaient partout autour d'eux car les rues étaient bien trop silencieuses à leur goût et très vite, ils furent pris pour cible par des snipers cachés un peu partout.

Cum' un cantu di libertaWhere stories live. Discover now