Chapitre 18

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Pour faire court, j'attendais tellement la sortie de Nahil que j'en oubliais de vivre mes derniers jours en tant que grand frère unique. Et puis ce jour si attendu, si sublime, est arrivé..

J'ai pris un jour de repos, histoire de le surprendre et d'être là à la sortie. Pablito avait fait exactement comme moi. C'est à ce moment que je me suis rendu compte que j'avais bien fait de repasser rapidement mon permis ...

On s'est préparé comme deux gamins: qamis, léger parfum, bébé soigné, cheveux peignés, on était surexcité a l'idée d'enfin pouvoir le revoir ..

Sur le chemin, on a imaginé des dizaines de scénarios différents. Peut-être que Nahil avait changé, peut-être qu'il n'était pas pressé de sortir et de revenir dans ce quartier de pourris.

A 7:30, ma voiture était déjà garé. Nous l'attendions. Les dernières minutes ont été les plus longues de toute ma vie entière, j'étais assis sur le capot de ma voiture, les yeux rivés sur la porte en attendant qu'elle s'ouvre. J'en pouvais plus d'attendre, ça fait des mois que j'l'attend, sortez vite mon frérot de là dedans ...

Puis elle s'est ouverte. Nahil a mis le premier pied dehors, souriant, étincelant de bonheur et de joie, rien n'avait changé. Il rayonnait de droiture. Mon frangin avait radicalement changé: il avait dut prendre 10 bons kilos, de muscles. Une armoire à glace. Un AK47. La barbe longue, mais si propre, toute bouclée. Les cheveux ondulés, mi-long. Une dégaine de beau gosse. N'importe quelle femme aurait tombé sous son charme. Et ma mere allait pleuré toute les larmes de son corps quand elle verra que son fils est encore plus beau qu'avant. Elle qui craignait les retrouvailles.

Il a marché fièrement jusqu'à nous, le torse en avant et la tête bien haute. Le menton relevé. Devant la voiture, il s'est retourné, a levé les yeux en direction du ciel et a sourit. Les retrouvailles ont été bien plus que joyeuses. Il nous a serré fort contre lui et à lâché "Vous revoilà enfin les frérots.." suivis d'un léger soupir. Il était soulagé. Tout ça n'était que du passé. Tout était finis, terminé, enterré.

Dans la voiture, il était à côté de moi et mon sourire était resté fixé sur mes lèvres. J'en revenais pas. Ce que j'l'aime celui-là. Plus que la Terre entière, plus que n'importe qui. Et j'aimais tout chez lui, c'était bien plus que les liens du sang, c'était les liens du coeur et ces liens là, valent plus que les trésors du monde.

Fidel a lui-même, il bougeait sa tête sur le son qui passait à la radio, il chantait, ses mimiques n'avaient pas changés, toutes ses petites manies qui m'avaient tant manqués étaient toujours intactes.

Arrivé chez nous, Pablito est rentré en premier. Mais moi et Nahil, avions besoin d'se retrouver, juste cinq minute, tous les deux.

Sur ce fameux tout qui nous a vu grandir, pleure et sourire, il a regardé l'horizon, qui n'avait pas vraiment changé depuis tout ce temps non plus d'ailleurs, toujours aussi merdique qu'avant.

Nahil: Tu vois toute cette merde ? Malgré tout ça, on en a passés des bons moments ensemble hein frérot...

Il m'a attrapé par le cou et m'a serré dans ses bras. Nostalgie du temps qui passe et qui ne s'arrête pas de courir.

Yazid : C'que tu m'a manqué wAllah. C'est hard. J'crois que c'est maintenant que j'm'en rend le plus compte ..

Nahil: Tout ça c'est du passé maintenant, j'suis là.

Et un moment de silence s'est installé, comme s'il cherchait les mots pour crever l'abcès. Puis j'ai compris ce qui le tracassait..

Yazid: Je sais que tu te pose la question alors non, j'ai jamais croisé Nour. Ni maintenant, ni avant. Elle n'a sûrement jamais cherché à me joindre non plus...

Nahil: Tu vois, ces dernières semaines, j'lui ai envoyé des dizaines de lettres, des dizaines de conneries sans réponses. J'crois qu'il faut que j'tourne la page, définitivement. J'lui ai assez fait de mal comme ça..

Tout est destin, s'ils doivent se retrouver, ils se retrouveront et ça, ils le savaient tous les deux. Ça devait être dur à digérer, ce genre de chose. C'est vrai que Nahil avait tout de même dépassé les limites, il l'avait trahis, lui avait mentis quotidiennement. Qu'y a t-il de pire pour une femme ?

J'pense sincèrement qu'il l'aime toujours. Et j'pense même qu'il l'aime encore plus fort. Lorsqu'un homme commet une erreur, lorsqu'il faute et que cette faute entraîne la perte de sa femme: il culpabilise. Et cette culpabilité, pousse à aimer encore plus fort! Nahil c'était pareil.

Il a changé de sujet et m'a dis:
Nahil: Et toi, comment va Wafa ?

Yazid: Justement tu sais j'devais t'en parler. J'attendais qu'tu sortes, j'l'ai dis à personne mais tu sais entre elle et moi ça a changé. J'AI changé. J'suis plus le même..

Nahil: T'es en train de me dire que tu va la laisser toute seule ? Pourtant tu l'a tant aimé ..

Yazid: J'l'ai beaucoup aimé oui, j'l'aime toujours. Mais j'l'ai presque pas revu, j'lui ai presque pas parlé depuis que je suis sortie. Parce que la religion prend énormément de place dans ma vie, j'pense qu'à ça, mon comportement et ma manière de penser ont radicalement changé. Moi ça m'intéresse plus d'être en couple avec quelqu'un.

Nahil: J'te suit pas vraiment là. Tu l'a perdu une fois, tu t'es perdu toi même, et aujourd'hui t'essayes de m'dire que ça sert à rien d'se battre? Tu l'a aimé, tu l'a voulu, tu l'a eut et aujourd'hui tu veux la laisser ? Qu'est-ce qu'il se passe ? Quelqu'un t'as retourné le cerveau ou quoi ? Wafa c'était ta vie, ton poumon droit, c'était ta base. Tu restais droit pour elle, oublies pas tout ça...

Je sais que ça paraissait inconcevable, irréalisable, mais j'avais pris ma décision et il fallait que je lui dise. J'étais sûr de moi. J'y ai cogité pendant de nombreuses nuits, alors cette fois fallait que j'me lance, que j'lance la discussion la plus stressante de ma vie...

Derrière la rétine de Yazid (TOME 2)Lisez cette histoire GRATUITEMENT!