Chapitre 8 - Partie 2 - Entrevues

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Mattéo remontait les couloirs de l'hôpital Central de Stuttgart en direction du service des grands brûlés. Arrivé à l'étage, il avisa une salle occupée par deux patients endormis et traités, d'après la feuille de suivi à l'entrée de la chambre, par le docteur Cromwell.

Le sorcier se plaqua un air affolé sur le visage et parcourut le couloir en grandes enjambées et interpella un jeune infirmier.

« S'il vous plaît, bégaya-t-il. Mon frère a mal ! La docteur Cromwell a dit de l'appeler s'il continuait à sentir le feu brûler en lui au bout d'une heure. Ça n'a pas cessé ! S'il vous plaît il...

— Docteur Cromwell ? l'interrompit l'aide-soignant. Dans quelle salle se trouve votre frère ?

— La GB302. Faites vite, s'il vous plaît.

— Je vais la chercher. Avec le nombre de brûlés que l'on a, elle n'a plus le temps de consulter son mémorigami.

— Merci ! Merci monsieur !

— Retournez auprès de votre frère. »

L'infirmier s'éloigna au pas de course alors que Mattéo rejoignait la salle, un petit sourire aux lèvres. Enfantin. Il s'installa dans un recoin et attendit la sorcière.

Adélaïde arriva dans les secondes qui suivirent, les yeux posés sur le mnémotique censé lui récapituler l'état de son patient, les sourcils froncés. Elle ne doutait pas des dires de l'infirmier, mais les sorts de monitoring qu'elle alimentait dans la chambre ne lui avaient indiqué aucune activité. Pour elle, les blessés dormaient et, effectivement, ils semblaient paisibles, assoupis sur leurs lits. La jeune femme jura tout bas, puis fit demi-tour pour rejoindre la salle de repos dont on l'avait tirée.

Elle n'avait pas fermé l'oeil depuis la veille. La Centrale l'avait appelée d'urgence, à peine rentrée du pub. Le nombre de brûlés à soigner suite à l'attentat dépassait de loin les capacités du service d'urgence. Les cas les plus graves nécessitaient des interventions spécialisées que seuls trois médecins, dont elle-même, étaient en mesure de pratiquer à la Capitale.

Elle se figea. Mattéo s'était glissé entre la porte et elle. Il relâcha un sortilège qui ferma la salle et les isola du monde. Aucune fuite possible et, si quelqu'un venait à les entendre, il ne comprendrait qu'une très étrange litanie de phrases en latin.

« Docteur », fit le sorcier d'une voix aussi neutre que son attitude.

Adélaïde recula précipitamment jusqu'à sentir le pied d'un lit contre ses jambes. Dans le même mouvement, elle avait levé son concentrateur, lancé une violente pique mentale et demandé un transfert, sans succès. Elle focalisa un instant toute son attention vers l'attaque qu'elle menait, sans grand espoir de la voir aboutir. Elle était épuisée par une nuit de veille déjà trop riche en émotion et une interminable journée de soins.

Mattéo essuya son assaut sans montrer le moindre signe de faiblesse. La femme respirait de façon légèrement saccadée, de peur et de fatigue, lorsqu'elle cessa son mentalisme. Elle ferma les yeux et serra les dents. À la Centrale, elle s'était toujours crue en sécurité.

« Je ne vais pas t'attaquer. Je viens juste te parler. »

L'homme s'écarta de la porte qu'elle ne pouvait de toute façon pas atteindre et réduisit sensiblement la distance entre eux deux. Il gardait ses concentrateurs invisibles. Face à la mentaliste, il n'avait besoin que des murailles qu'il dressait entre leurs deux esprits.

« Qu'est ce que tu veux ? Qu'est-ce que tu fais ici ?

— Tu as sauvé Naola. Je souhaitais te remercier. Elle m'a montré votre échange, au pub. »

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