Chapitre 8 - Partie 3 - Entrevues

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Mattéo arriva sur une aire de transfert de son lieu de travail. Une modeste maison de ville avec une gigantesque bibliothèque. Le ministère de la Recherche n'était composé que d'une quinzaine de personnes. Le jeune homme partageait son bureau avec Armelle, une vieille femme à la peau aussi noire que son regard. Elle étudiait la magénétique, une branche interdite de la magie qui permettait aux sorciers de manipuler les gènes de leurs futurs enfants.

« Tu es en retard, dit-elle de sa voix tremblante.

— J'avais à faire ailleurs et je repars. »

Il posa en effet ses affaires et revêtit sa veste de Fédéré. Il la boutonna jusqu'en haut et enfila la cape qui complétait sa tenue. Son grade de chercheur bien en évidence contraria Armelle.

« Offrir un pareil rang à un gamin parce qu'il fait joujou avec de la vieille magie... On aura tout vu...

— Pareil rang ? souffla Mattéo, froid. Tu n'as pas d'ambition. Ce n'est qu'un début. Demain, c'est moi qui te donnerais des ordres, Armelle. »

Il sortit aussi sec, son sac-univers sur l'épaule et apparent. Mattéo aimait la façon dont le vieil artefact complétait sa tenue. La vénérable besace lui conférait une certaine prestance, une classe avec laquelle il se plaisait à déambuler au ministère. Le personnage arrogant, distant, froid et manipulateur qu'il se forgeait au travail lui convenait parfaitement.

Il commença par monter à l'étage pour retrouver Albert Lehmann, son supérieur et Ministre de la Recherche. Il ne lui fallut pas moins d'une demi-heure pour convaincre l'homme. Ils sortirent à deux du bureau et empruntèrent un couloir qui ne pouvait pas exister dans les limites physiques de la maison. Bien que géographiquement éloignés, les administrations étaient rattachées entre elles et on pouvait passer d'un bâtiment à l'autre sans en avoir conscience. Albert l'emmena droit au magistère dont il dépendait, celui de Zerflingen.

Le magistère du Président Zerflingen en imposait. Ses différents Magistres, sous les ordres de leur Magistre régent, avaient réussi à rallier un nombre impressionnant de ministres et de sympathisants.

Les deux hommes se présentèrent à un guichet où une queue d'une petite dizaine de personnes les devançait. Doléances, rendez-vous, propositions... Tous ceux qui circulaient par là devaient porter un badge avant d'aller plus loin, excepté quelques mages influents. Albert pesta tout le temps de l'attente. Sans Mattéo, il n'aurait pas eu à passer par le guichet. Le jeune homme souriait discrètement, en lui assurant que cela n'arriverait plus. Il comptait bien repartir du magistère avec une belle promotion.

« Motif de votre présence ?

— Communication d'informations en rapport avec l'Ordre, formula Mattéo d'une voix égale.

— Et vous voulez voir ?

— Madame Amalia Elfric »

Le jeune sorcier du guichet suspendit son geste et sourit, amusé.

« On ne rencontre pas Madame Elfric si facilement. Je suis désolé, mais...

— Je suis avec Monsieur le Ministre de la Recherche. Albert se porte garant des informations que j'apporte et de l'intérêt que Madame Elfric pourra avoir à me parler directement.

— Monsieur Lehmann est autorisé à entrer au Magistère, mais pas à faire entrer...

— Quoi ? »

Albert tourna brutalement le mnémotique qui servait de support au réceptionniste. Mattéo lâcha un petit rire amusé en constatant qu'il avait perdu ce droit plusieurs mois plus tôt en amenant Naola sans passer par le guichet. Ce genre de démarche administrative était en dehors de toute réalité.

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