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11 février 1999, 7h32...
Domicile de Max Matthews, Alva Road, San Diego, Californie...

Max avait fait le voyage de retour sur un vol régulier et avait trouvé le service déplorable, en comparaison de ce qu'il avait connu avec la LOTUS. Le voyage avait été bien plus long et il avait pu mettre ce temps à profit pour réfléchir à ce qu'il savait de son nouvel employeur.

Le secret était élevé au rang de religion à la LOTUS et si cela pouvait se concevoir, c'était un réel problème pour sa compréhension de ce qu'il y faisait. Richard lui avait parlé d'un certain Jerrod. Sans patronyme. La plupart des malfaiteurs connus par un simple prénom, étaient, bien souvent, des gens influents. Par conséquent, suffisamment connus pour qu'un complément soit dispensable. Max aurait dû pouvoir trouver facilement des informations sur cet inconnu. Ce ne fut pourtant pas le cas. Quelles que soient les bases de données dans lesquelles il avait fouillées, depuis le centre de recherche français, il n'avait obtenu aucune réponse. Il avait imprimé bon nombres de documents qu'il avait pris soin de dissimuler dans son paquetage et compulsés dans l'avion. Là non plus, aucun résultat intéressant. La LOTUS mentionnait bel et bien un certain Jerrod et lui faisait effectivement la chasse.

Ce qu'avait pu découvrir Max, malgré tout, était que ce Jerrod n'était pas le gros poisson qu'il pensait. Il semblait n'être qu'un second pour un homme nommé Cassius et qui officiait principalement en Italie, mais semblait avoir la main mise sur une bonne partie de l'Europe. C'était ce Cassius la véritable cible de la LOTUS. N'ayant pas eu accès à plus de données depuis son vol, il dut en rester là pour le moment.

De retour chez lui, dans les quartiers nord de San Diego, bien loin de ses anciens collègues, il décida de faire la tournée des bars. Il y avait bien trop longtemps qu'il n'avait pas fréquenté une femme, pensait-il. Il était temps de remédier au problème.

Au réveil, la brunette qui était étendue à son côté lui renvoya un sourire charmeur et il répondit avec un chaste baiser sur l'épaule.

— Je vais devoir aller bosser, Alicia.

— Tu te souviens de mon prénom ? fit-elle au comble de l'étonnement.

Max éclata de rire et lui répondit qu'il avait une excellente mémoire.

— Quoi qu'il arrive, reprit-il ensuite. Je ne peux pas te laisser seule ici, il va donc falloir qu'on parte ensemble.

— Oh ! grimaça-t-elle. Moi qui croyais que tu étais un gentleman.

— Je le suis. Mais j'ai déjà eu des mauvaises surprises, mentit-il. Donc je ne prends plus de risques. Ça n'a rien de personnel.

— Je vais faire comme si je te croyais, balança la jeune femme en quittant le lit et se dirigeant vers la salle de bain. Dans combien de temps tu pars ?

— Prends le temps qu'il te faudra, je ne pointe pas.

— Voilà qui est intéressant, sourit-elle en rebroussant chemin et se glissant de nouveau sous les draps. On a encore un peu de temps alors ?

— Oui, gloussa-t-il alors qu'Alicia se montrait déjà bien plus entreprenante.

Une quarantaine de minutes plus tard, après une douche et un café, les deux tourtereaux quittaient la charmante maison de Max. Le nouvel agent de la LOTUS déposa sa partenaire d'un soir au pied du bar où ils s'étaient rencontrés. Alicia prit soin de lui rappeler qu'elle n'était plus disponible pour le reste de la semaine, mais que s'il souhaitait la revoir la semaine suivante, ce serait un réel plaisir pour elle.

— Je note ! se contenta de répondre Max avec un clin d'œil.

Il quitta ensuite le parking sur les chapeaux de roues. Le Dodge Ram 1500 que lui avait fourni la LOTUS était légèrement plus puissant que la moyenne, grâce à quelques optimisations de la société secrète. Il avait encore du mal à doser ses démarrages. Les véhicules qu'il avait eu l'habitude de conduire, que ce soit chez les Navy ou dans les forces de police, n'étaient jamais aussi réactifs. Il adorait ce pick-up. Par ailleurs, la LOTUS avait fait subir de nombreuses modifications, parfois invisibles, au véhicule. La carrosserie était suffisamment renforcée pour arrêter des balles de neuf millimètres standards, les vitres étaient pare-balles, le châssis légèrement surélevé, les sièges avaient été remplacés par des versions baquets et de nombreux gadgets électroniques, plus ou moins utiles, avaient également fleuris. Il était peu probable que Max utilise son propre véhicule pour la moindre mission, mais lorsque la LOTUS offrait une voiture à un des siens, il fallait que cela soit en concordance avec les valeurs de la société. C'était ce qu'avait déclaré Richard en lui donnant les clés.

Max découvrit encore une nouvelle hôtesse à l'accueil de Trondon Security et la gratifia d'un vague signe de tête en arrivant. Contrairement à ses habitudes, il alla immédiatement se poster derrière un clavier afin de reprendre ses recherches sur Jerrod et Cassius. Il comprit assez rapidement que son employeur avait jusque-là été incapable de mettre un visage sur aucun des deux noms. Ses fouilles lui confirmèrent que Cassius était la véritable cible, même si aucun document ne le stipulait. En l'occurrence, remarqua-t-il, il n'y avait aucun ordre de mission pour l'un ou l'autre. Ils étaient cités dans les détails des missions, mais jamais en tant que cibles. De sorte que, si un agent faisait une simple liste des enquêtes et actions en cours ou passées, jamais leur nom n'était visible. En interne aussi, la suspicion et la dissimulation était de mise.

Max réalisa alors qu'il n'avait jamais tenté de couvrir ses actes sur le réseau et qu'il devait déjà avoir été remarqué par quiconque surveillait les accès aux informations. Richard ne tarderait donc pas à venir le trouver pour lui taper sur les doigts ou lui donner les clés de compréhension qui lui manquait. Leur dernière conversation ne lui laissait cependant que peu d'espoir sur la tournure que prendraient les choses.

Rageur, Max éteignit l'ordinateur. Il avait un don pour ne pas obéir aux ordres, même lorsqu'il voulait bien faire. Richard lui avait clairement dit de ne pas trop penser ! Et la première chose qu'il avait été faire ensuite était d'aller fouiller, à découvert, dans les méandres des serveurs de la LOTUS. Risquait-il le renvoi ? Si son ancien formateur ne lui avait pas menti, ce serait plutôt la mort. Un homme passa à proximité, il quittait son poste informatique, lui aussi.

— Salut ! l'interpela Max.

— Salut !

— Je suis nouveau, je m'appelle Max Matthews, précisa-t-il en se redressant et tendant une main amicale que l'autre serra énergiquement.

— Tobias Vilcroft. Tu es... des S OPS ?

— C'est ça. J'ai effectué ma première mission il y a deux jours.

— Alors bienvenue parmi nous !

— Merci. Dis, tu sais s'il y a beaucoup de postulants recalés après leur première mission ?

Tobias pouffa.

— Pour être recalé, ou même renvoyé, faut une sacrée bourde. T'as buté ton chef de mission ?

— Hein ? Non ! Pas du tout.

— Alors tu ne risques rien, va. J'ai jamais vu personne se faire virer ici. Il y a quelques transferts, des démissions, mais personne ne se fait virer une fois la sélection faite. T'inquiète pas.

L'agent lui tapota l'épaule avant de s'en aller en riant de bon cœur. Max s'inquiétait manifestement un peu trop. D'après cet agent, on pouvait même démissionner de la LOTUS. Ralph lui avait pourtant parlé d'élimination pure et simple. Était-ce un genre de bizutage quelconque ? Une blague de mauvais goût destinée à lui faire peur ? C'était réussi, pensa-t-il en souriant. Il avait effectivement eu très peur. Malgré tout, Matthews restait dubitatif. Richard s'était également montré menaçant, en France. En tout cas en parole. Il était également vrai que ça n'était jamais allé plus loin. Alors que Max, lui, avait été prêt à sortir son arme pour se défendre, son interlocuteur avait gardé une attitude parfaitement neutre sans jamais ne serait-ce que hausser le ton.

Max comprit que l'ambiance paranoïaque qui régnait au sein de l'entreprise et la mauvaise blague de Ralph lui avait fait tourner la tête. Personne ne le tuerait pour avoir fouillé dans les dossiers de la LOTUS. D'ailleurs, les fichiers auxquels il avait accédé n'étaient pas protégés. Connaissant son employeur, s'il y avait eu la moindre raison pour laquelle il n'aurait pas dû y avoir accès, les fichiers auraient été masqués ou, a minima, interdit d'accès par un mot de passe. Or il n'avait pas eu besoin d'un identifiant pour les lire.

Max se frotta énergiquement le cuir chevelu des deux mains. Il n'était pas encore agent depuis deux mois que déjà, il menaçait de faire une crise de nerfs. Après une simple mission de routine.

— Fais chier, chuchota-t-il en prenant le chemin de la cuisine.

Un café et une petite discussion avec la nouvelle hôtesse lui feraient le plus grand bien.

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