Pressentiment

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Le printemps avait fait son apparition en Corse. Elisabetta avait repris ses activités sous l'étroite surveillance de Gabriel. Ce dernier, plutôt que de l'enfermer dans la maison, avait choisi de l'emmener partout où il allait.

Le jeune homme avait tenté, à plusieurs reprises, de faire parler sa sœur au sujet de cette longue année durant laquelle il n'avait pas eu de nouvelles d'elle.

Elisabetta avait refusé en indiquant qu'elle ne parlerait pas pour la sécurité de sa famille.

Gabriel avait également essayé de connaître le nom de l'homme avec lequel elle avait eu un enfant mais la jeune femme avait également esquivé toutes les tentatives de son frère.

L'aîné de la fratrie finit par abandonner momentanément pour se concentrer sur les agissements de la famille Giacobi. Contrairement à ce qu'il craignait, Virgiliu n'avait pas insisté au sujet du contrat officialisant les fiançailles d'Elisabetta et de Martin.

Cependant, Gabriel savait que sa sœur, en avouant devant tout le clan Casaleccia le comportement inacceptable de Martin et en affirmant son refus de devenir sa femme, avait commis un véritable affront à l'égard des Giacobi et il savait que tôt ou tard, Virgiliu se vengerait.

Pour tenter d'éviter le pire, Gabriel sollicita une entrevue avec le maire de Merusaglia et il demanda à Elisabetta de l'accompagner. Le jeune homme reconnut qu'il avait fait une erreur en n'écoutant pas les souhaits de sa sœur et il demanda à Saveriu Romiti de prévenir Virgiliu qu'en retour il ne porterait pas plainte contre Martin pour son agression sur Elisabetta.

Gabriel espérait ainsi apaiser les esprits et prouver à la famille Giacobi qu'il ne chercherait pas à salir leur réputation et leur honneur.

Saveriu Romiti se rendit donc personnellement chez les Giacobi et il indiqua à Martin que, compte tenu des faits particulièrement graves rapportés pat Elisabetta Casaleccia, il devait s'estimer heureux que Gabriel ne porte pas plainte pour agression envers sa petite sœur.

Le maire clôtura sa visite en expriment sa déception face au comportement de Martin et en expliquant que les villageois devaient surtout penser à s'entraider. En effet, si la Corse était à présent une région libre, les conditions de vie des habitants restaient extrêmement pénibles.

Virgiliu Giacobi rassura le maire en lui faisant savoir qu'il désapprouvait les agissements de son fils et il lui demanda de remercier de sa part Gabriel.

Le maire, en quittant la demeure des Giacobi, ne se sentait pas plus rassuré pour autant. Il connaissait Virgiliu et il savait qu'il était furieux de l'affront fait à sa famille.

Les tensions entre les Casaleccia et les Venazzi s'étaient ravivées par la mort de Jean Casaleccia, le village n'avait pas besoin en plus d'une nouvelle guerre incluant cette fois les Giacobi.

L'été s'écoula lentement en Corse et pour le plus grand étonnement du maire de Merusaglia, il n'eut à déplorer aucun affrontement entre les Casaleccia et leurs ennemis. Virgiliu Giacobi semblait même avoir totalement oublié leur existance et avec son fils, il s'absentait souvent du village.

Cependant, Saveriu Romiti n'était pas dupe : un jour, les Casaleccia vengeraient la mort de Jean et les Giacobi réclameraient ce mariage entre Martin et Elisabetta.

A la fin du mois de septembre, Gabriel se rendit dans l'une des châtaigneraies avec Elisabetta : les Italiens n'étaient pas passés dans le coin et l'endroit était toujours intact, permettant ainsi à la famille de s'assurer de remplir un peu leur garde-manger.

Le jeune homme inspecta quelques arbres puis il se tourna vers sa sœur :

- Je dois savoir Lisa. Je n'arrive pas à comprendre comment tu as pu te donner à un homme sans même être mariée, sans même...

Cum' un cantu di libertaWhere stories live. Discover now