Elisabeta - Chapitre 18

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 « De tout temps, l'idée de fin du monde, d'apocalypse, tient l'humanité comme une promesse lointaine et hésitante, en particulier si nous partons du principe que rien n'est éternel. Mais, justement, comment les immortels s'approprient-ils ceci ? Comment des êtres éternels appréhendent-ils le concept de fin du monde ? La plus grande peur qui nous étreint demeure la disparition de notre immortalité. Que Dieu nous l'arrache, qu'Il décide d'accélérer cette extinction qui tarde à venir. Le Cercle se briserait, ainsi, d'un seul coup.

Pendant longtemps, nous avons cru que la Révélation dont nous entrevoyons des fragments à travers nos oracles était cette apocalypse. Voilà cinquante ans que nous savons ces prédictions liées à cette Révélation qui se profile, mais... En réalité, s'agit-il vraiment du même événement ? Et si la Révélation concernait la fin d'une époque, plutôt que celle du monde ?

Le Cercle que nous voyons se briser pourrait peut-être signifier la fin du règne des Maîtres. Il nous faudra longtemps encore, avant de décrypter l'intégralité de nos oracles. »

Chroniques du Cercle par Athanase le Jeune


Giovanna

Nantes, France
Juin 2015


Sans un bruit, je referme le tiroir métallique plein de dossiers, puis balaie une dernière fois le bureau désert avec ma lampe de poche. Il est temps de se tirer. Je sors par la fenêtre ouverte, me réceptionne un étage plus bas sur le bitume. Virgile et Athanase m'attendent, aux aguets. Quand je leur fais signe que tout est OK, nous mettons les bouts en vitesse.

Nous nous éloignons du bâtiment administratif à grands pas. Par chance, il n'y a pas grand monde dans les rues à cette heure-ci, personne ne nous remarquera. Une fois dans la voiture, Virgile met le contact, baisse le son de son autoradio qui hurle sans répit la voix de Wayne Static, puis il quitte le quartier. Pour une fois, la musique bruyante dont il raffole ne me dérange pas.

Fébrile, je sors de mon sac les documents que j'ai volés dans les archives de la mairie : des copies de deux certificats de décès, ceux de mes grands-parents. Jacob Santinoni, mort en 2009, et Louisa Santinoni, morte un an plus tard. Le Rettore m'a dissimulé ces informations depuis le début, ce qui me met en rage. Ils avaient promis de me donner des nouvelles de ma famille, ce qu'ils n'ont jamais pris la peine de faire. Grâce à Raphaël, j'ai su que mes grands-parents étaient morts mais je n'avais pas la moindre idée de quand, ni comment. Aujourd'hui, je découvre que mon grand-père est décédé d'un cancer et que ma grand-mère a suivi à cause d'une crise cardiaque.

Au lieu de m'attrister, cette nouvelle me révolte. Mila a dû s'occuper toute seule des obsèques et de la succession. Elle est à présent la dernière survivante d'une famille qu'elle croit éteinte.

— Alors ? demande Athanase.

Than est un ami de toujours de Virgile. Un immortel de deux cents ans, qui ressemble encore à un adolescent, aux yeux sombres et aux cheveux blonds très clairs. Than est le fils d'un Archiviste du Cercle, une caste éteinte dont il tente de raviver le pouvoir de manière officieuse. Il rédige une version alternative de nos chroniques parce que Dante l'a encouragé dans ce sens, et s'y emploie avec plaisir. Saraï adorerait ce mec.

— Ils sont morts en 2009 et 2010, je réponds. L'adresse de leur héritière, Mila donc, est indiquée mais nous la connaissons déjà. Elle a déménagé depuis longtemps.

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