XX :17

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« Rendez fier votre institut, rendez fière votre société ! »

« Rendez fier votre institut, rendez fière votre société ! »

Cette phrase se répétait en boucle dans mon crâne. En avais-je seulement envie ? Pensais-je en immergent mon visage dans l'eau chaude. Je n'écoutais plus que mon cœur qui battait, je ne sentais plus que les bulles d'air caresser mon visage. Si seulement, je pouvais être à jamais dans cette eau, libre, sans contrainte. Je respirais à plein poumons à l'extérieur. Je voyais les gouttes rejoindre la petite étendue d'eau. Mon cerveau était rempli de pensée.

Je savais déjà qui allait me falloir du courage, beaucoup de courage ce soir. Car ça allait être le moment propice pour partir. Ils ne s'y attendront pas. Je ferais bonne figure avant de fuir en un instant.

Même si j'étais rempli de courage et d'espoir, cette soirée me faisait un peu peur. A quoi je pouvais m'attendre ? Des minauderies ? De la supériorité ? De la condescendance ? Cela ne faisait aucun doute.

Je finissais de me frotter le corps avant de me rincer et sortir. Alors que je me séchais, j'entendais quelqu'un frapper à ma porte.

« Entrez ! » M'exclamais-je.

J'apercevais Jacob entrer avec une grande house à vêtement. Sans aucune vergogne je débarquais dans la pièce seulement vêtue d'un lai de linge, dévoilant mon corps. Celui-ci perturbé de ma tenue, se dépêchait de tourner le regard.

« Heu... Génitrice, voici votre robe pour la soirée.

Je ne voyais plus son visage, mais je sentais dans sa voix qu'il était décontenancé. Elle vibrait légèrement.

« Ce n'est pas comme si vous nous observiez tous les jours.

- Je ... je vous attends, vous avez une demi-heure pour vous préparer. »

Sur ces paroles, il sortait de la pièce. Il était au bord de quelque chose. Même s'il forçait son conscient à ne pas réagir, son inconscient prenait le dessus. Il allait craquer.

Je faisais glisser la fermeture éclair de la house. Une robe pour le moins originale se découvrait devant moi. Le tissu ou du moins la matière était souple et froide au touchée. Je la sortais pour voir le bas descendre jusqu'à mes chevilles. J'enfilais celle-ci pour mieux visualiser l'ensemble.

La matière était froide, quasi glacée. La sensation de la matière siliconée sur ma peau me donnait l'impression d'avoir enfilé la peau d'un cadavre. J'avais la sensation d'être enfermée dans un cocon froid et inerte. En me regardant dans le miroir, je voyais que malgré la longueur de la robe, elle était loin d'être sage.

La texture était légèrement transparente, en tout cas suffisamment pour ne laisser aucune place à l'imagination. On voyait la naissance de mes seins jusqu'aux courbes de mes reins. En relevant la protection de la robe pour la rangée, un objet tombait au sol. Je ramassais celui-ci, c'était une petite pierre métallique noire pas plus grande que mon pouce. Elle était dure mais légère à la fois.

Je la plaçais dans la petite pochette métallique qui accompagnait ma tenue. En m'observant au loin dans le miroir, je regardais mon visage sans artifices, mes cheveux courts ébouriffés. A quoi bon me peinturlurer le visage, quand la totalité de mon corps est déjà offerte aux yeux de tous. Mettre un masque de maquillage ne me protégerais pas.

Je récupérais sous mon oreiller les petits cachets blancs, je les écrasais rapidement sur la table avant de remplir un tube à rouge à lèvres vide avec la poudre. Ce dernier placer à côté de l'étrange bout de rocher noir, je me dirigeais à l'extérieur de ma chambre.

Jacob était contre le mur soucieux, il n'arrivait plus à se contenir. Je le regardais un instant immobile puis je m'exclamais :

« Je vais m'enfuir ce soir. »

C'était sorti d'un seul coup de ma bouche, j'avais besoin de le dire à voix haute. De l'entendre, pour que cela paraisse réel. Mais pourquoi le lui dire? D'une certaine manière avais-je confiance en lui ? Où étais-je devenu folle en confiant à mes tortionnaires mes intentions ?

Il me fixait.

« Ce soir est votre chance d'être choisie, Génitrice. » S'exclama-t-il avant de me faire signe de le suivre.

Il avait donc décidé d'oublier mes propos, préférant rester dans le confort et la sécurité de l'ignorance.

Nous marchions silencieusement, je regardais les couloirs en espérant que cela allait être la dernière fois que je les verrais. Tout ce blanc m'étouffait, toute cette pureté me cloisonnait. Je rêvais d'aire, de couleur, de vie. Je voulais au moins une fois dans ma vie choisir mon destin.

Jacob m'invitait à entrer dans une grande pièce ronde. Dans celle-ci plusieurs guides et les génitrices. Dans la quinzaine de jeunes femmes, je reconnaissais mes deux amies maquillées à outrance et portant elles aussi cette robe transparente. Au centre se trouvaient des petits pupitres surmontés d'un petit dôme transparent. Ceux-ci s'ouvraient délicatement, quand la porte de la pièce se refermait derrière Jacob.

On nous invitait à les approcher. J'observais un étrange collier métallique et deux galets blancs gravés d'un ovale placés sur un coussin blanc.

Soudainement un hologramme apparaissait au milieu de la pièce, c'était le même visage que mon interrogatrice de ce matin.

« Bonjour Génitrice, ce soir est le jour le plus important de votre vie, vous allez enfin pouvoir être choisis pour accomplir la mission qui vous ont été offerte à votre naissance. Comme vous pouvez l'observer, devant vous se trouve plusieurs objets. Le premier le collier de l'obéissance, signe de votre soumission à la société et à vos Géniteurs. »

Je voyais déjà certaines filles mettre cet ornement autour de leurs cous, sans même une once d'hésitation. Elle agissait comme des animaux dociles sans aucune conscience et cela me dégoutait. Comprenaient-elles seulement le sens de cette chaine autour de leurs gorges ?

« Ensuite vous pouvez voir deux offrandes de la fertilité. Ceux-ci vous permettront de proposer votre pureté au Géniteur. Ceci est votre heure Génitrice, l'heure de réaliser votre devoir de femme. »

Après avoir enflammé le cœur de toutes les jeunes femmes naïves de la pièce, l'image holographique disparaissait. J'attrapais l'objet de la servitude dans mes mains et le mettais autour de mon cou sans conviction. Je prenais ensuite les pierres pour les mettre dans ma pochette. Puis sans vraiment me rendre compte je commençais à ne plus voir, ma vue se brouillait. L'obscurité inondait mes pupilles, je ne voyais plus rien, je me perdais dans un néant de bruit et de chuchotement. J'avais beau me toucher le visage, il n'y avait pas de fouloir ou quoi que ce soit pour me plonger dans le noir.

« Ce n'est rien on vous amène à l'extérieur » Me murmura Jacob.

Celui-ci me guidait dans le mouvement, je frôlais les autres jeunes filles puis on nous faisait avancer. Ensuite dans le silence et noir le plus total, je sentais que notre environnement bougeait, un bruit de démarrage, on nous emmenait quelque part.

GenitriXLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant