Clemenzia

712 119 98

A Aiacciu, Elisabetta était toujours cloitrée dans une chambre de l'immeuble du Cours Napoleon. Si, dans un premier temps, elle avait refusé de s'alimenter pour tenir tête à son frère, elle avait fini par céder pour ne pas mettre la vie de son bébé en danger. Gabriel, malgré le profond dégoût qu'il éprouvait à présent pour sa sœur, avait cependant requis un médecin pour qu'il surveille la fin de la grossesse d'Elisabetta et un soir, au début du mois de janvier lorsque la jeune femme ressentit les premières douleurs annonciatrices de l'accouchement, l'aîné des Casaleccia se demanda à nouveau où se trouvait le père de l'enfant et pourquoi sa sœur refusait de lui révéler son nom.

Elisabetta, allongée dans son lit, avait les larmes aux yeux. A côté de la douleur physique, il y avait la douleur morale et psychologique engendrée par le comportement de Gabriel et l'absence de Leandru à ses côtés.

La jeune femme ne savait pas à quoi s'attendre : elle avait bien discuté avec Giovaninna quelques fois mais les deux femmes n'avaient jamais imaginé qu'elles seraient séparées au moment de la naissance. Elisabetta essaya de se concentrer sur les paroles du médecin envoyé par Gabriel mais tout se mélangeait dans sa tête.

Elle avait mal à la tête, tout semblait tourner autour d'elle et un instant tout devint flou. La voix rauque de son frère la sortit finalement de sa torpeur et quand elle vit sa longue silhouette s'approcher de son lit, elle lui intima l'ordre de partir :

- Va t-en Gabriel ! Va t-en !

- Je peux rester avec toi Lisa si tu veux. Je sais que ce sont des moments difficiles et...

- Ce n'est pas toi que je veux près de moi. Je ne veux plus te voir Gabriel !

Le jeune homme n'insista pas et il sortit de la chambre.

Elisabetta se recoucha dans son lit, le visage perlé de sueur. Jamais elle n'avait imaginé ressentir une telle douleur. Même lorsqu'elle était alitée dans la grotte après avoir reçu une balle dans le ventre, elle n'avait pas le souvenir d'avoir autant souffert.

Les paroles rassurantes du médecin présent à ses côtés commençaient à l'ennuyer : elle était fatiguée, elle n'avait pas dormi la nuit précédente et elle venait de passer une journée complète dans son lit à devoir supporter des contractions de plus en plus violentes et rapprochées.

Elle songea alors à Leandru et elle se reprit : elle devait se montrer forte, elle ne voulait surtout pas passer pour une faible devant Gabriel.

Alors, tandis que le docteur l'encourageait et lui donnait ses dernières consignes, Elisabetta ferma les yeux pour revoir en pensées le visage de l'homme qu'elle aimait. La douleur était insoutenable mais elle tint bon. Elle se mordit les lèvres pour ne pas hurler et elle agrippa fermement les draps du lit.

Mais quand elle entendit les pleurs de son bébé, elle se mit à sangloter.

Le médecin lui tendit le petit corps de son enfant bien enveloppé dans un linge propre et la jeune femme le prit en tremblant.

- C'est une très jolie petite fille. Je vais vous laisser quelques instants. Je reviens dans cinq minutes.

Elisabetta attendit que l'homme soit sorti de la pièce pour observer attentivement son bébé et elle se mit à sangloter de plus belle. L'enfant avait une importante touffe de cheveux très noirs et semblait à présent paisible dans les bras de sa maman.

La jeune femme approcha ses lèvres de son front et, après y avoir déposé un léger baiser elle mumura :

- Tu es si belle Clemenzia. Si seulement ton père avait été présent...Il me manque tellement...

Cum' un cantu di libertaWhere stories live. Discover now