Échecs au Monte Cassino

Depuis le début

- Sauf que ce que nous faisons ne fait pas partie des plans des américains. Tu as entendu les autres hier soir ? Ils veulent absolument faire sauter le verrou par une attaque frontale.

- Et donc ils s'en fichent qu'on nous tire dessus comme des lapins ? Sympathique.

En soupirant, Leandru regarda devant lui : la mort était partout, les combats étaient effroyables. Il pensait avoir tout vu à Dunkerque, il se trompait lourdement. Il ne comprenant pas non plus toutes ces divergences entre britanniques et américains. Certains français pensaient que ces derniers n'avaient pas voulu venir en Italie parce que cela retardait le grand débarquement prévu sur la France afin d'ouvrir un second front principal en Europe.

Leandru et Matteu eux, même s'ils détestaient cette guerre, pensaient que d'obliger ainsi les allemands à éparpiller leurs forces un peu partout sur le continent accélèreraient la victoire des Alliés. Car ils en étaient convaincus : les allemands n'allaient bientôt plus être les maîtres de l'Europe.

Mais en voyant les répliques de leurs ennemis, les deux jeunes gens finirent par se demander s'ils parviendraient un jour en haut de cette fichue colline. De cet endroit, les allemands voyaient tout et il était impossible de grimper jusqu'au monastère sans se faire repérer. La végétation qui n'était pas luxuriante et la plainte qui était particulièrement claire et dégagée n'offraient aucun abri.

Et pourtant, les français, tout comme les britanniques et les américains, savaient qu'ils n'avaient pas le choix : c'était la seule possibilité pour eux d'atteindre la vallée du Liri.

Les Alliés savaient que leurs ennemis s'étaient préparés en conséquence car ils avaient entendu des discours d'Hitler qui exhortait ses troupes à défendre la moindre parcelle de terrain et ils savaient que les Boches défendraient leurs positions jusqu'au dernier homme. Ils avaient d'ailleurs volontairement inondé la vallée face au monastère pour rendre les accès impossibles aux chars, de nombreux barbelésavaient été placéssur les bords du fleuve Rapido  et le terrain avait été miné.

Cela avait d'ailleurs obligé les Alliés, durant le premier assaut de janvier, à patauger durant des kilomètres dans la boue afin d'éviter tous ces pièges.

Sur les flancs de la montagne, les allemands avaient creusé des trous à la dynamite afin d'y aménager des bunkers et des blockhaus qui étaient totalement invisibles aux yeux des Alliés. Des mitrailleuses avaient été disposées un peu partout afin de couvrir la zone tout entière et éviter ainsi de se faire déborder par les troupes ennemies.

Leandru et Matteu, d'abord confiants, se rendirent très vite compte, avec l'allongement des combats qu'en réalité, ils étaient complétement piégés.

Toutes leurs positions étaient bien visibles pour les allemands et ils ne pouvaient absolument plus bouger. Ils recevaient sans cesse des rafales de mitrailleuses et des coups de mortier et si l'un des officiers se décidait à ordonner des tirs de défense, l'enfer se déchaînait autour d'eux.

Leandru avait l'impression que le bruit des explosions résonnerait toute sa vie à ses oreilles. Il se tourna un instant pour observer un camarade, qui se trouvait sur une position un peu plus avancé que lui, recharger son fusil. Cela fut suffisant pour qu'il se fasse toucher par un tir allemand. L'homme s'effondra sur le sol, touché au ventre.

Il parvint cependant à se relever et il courut vers les troupes qui se tenaient en retrait en hurlant :

- Je suis touché ! Je vais mourir !

Un américain vint le soutenir pour l'emmener vers le médecin en lui disant « Realx, take it easy. Il faut que tu te calme et que tu t'allonges. Tu ne vas pas mourir mec »

Leandru et Matteu observèrent la scène sans rien dire : ils en avaient assez tous les deux mais ils avaient compris qu'ils allaient encore rester à Cassino plusieurs semaines voire...plusieurs mois.

Arès l'échec cuisant de la première attaque sur les positions allemandes, un deuxième assaut fut décidé afin d'obliger les allemands à disperser leurs forces et pour essayer de débloquer la situation à Anzio.

Dans un premier temps il fut décidé d'envoyer des troupes néozélandaises sur la gare de Cassino afin de permettre aux blindés alliés de contourner la ville et de pénétrer dans la vallée du Liri en direction de Rome. Dans le même temps une division indienne devait relayer les américains, grimper une crête étroite afin de gagner le monastère.

Mais personne ne savait ce que l'édifice cachait en ses murs : batteries de DCA ? Tireurs ? Les responsables des troupes alliées devaient prendre une décision : bombarder ou non le bâtiment, attaquer ou attendre.

Finalement la décision fut prise de bombarder le monastère : plus de cinq cent tonnes de bombes furent lâchées sur l'édifice. Si l'intérieur, les jardins et l'église ne résistèrent pas, les murs eux demeurèrent pratiquement intacts.

Leandru et Matteu assistèrent à ce bombardement et ils se retrouvèrent noyés sous la fumée dégagée par les explosions.

Tandis que les avions ne cessaient de passer au-dessus de leur tête, les soldats applaudissaient à tout rompre ceux qu'ils considéraient comme leurs sauveurs.

Alors qu'ils s'attendaient à devoir attaquer à leur tour, Leandru et Matteu reçurent pour ordre de garder leurs positions. Et quand ils purent enfin avancer, les mitrailleuses allemandes se déclenchèrent instantanément.

Pendant trois nuits et trois journées complètes après le bombardement, les troupes anglaises et indiennes tentèrent de remplir leur mission mais ils n'y parvinrent pas. Les Alliés, continuellement repoussés, enregistrèrent de très lourdes pertes.

Et à nouveau, comme en janvier un mois plus tôt, l'offensive dut être stoppée par manque d'effectifs et de munitions.

Pour couronner le tout, les allemands lancèrent une importante attaque sur Anzio.

A Cassino, les soldats alliés savaient qu'ils ne pouvaient pas relâcher la pression au risque de voir leurs ennemis remporter cette bataille cruciale. Mais les troupes étaient exténuées et le moral au plus bas.

Le regard tourné vers ce monastère qui se refusait toujours à eux, Leandru se demanda pour la centième fois au moins si un jour il reverrait son village natal, s'il reverrait la femme qu'il aimait et leur enfant qui devait être né.

D'un geste rageur, il frotta les larmes qui coulaient le long de ses joues et il se jura qu'il sortirait vivant de cet enfer.


----------------

Immersion au cœur de la bataille de Monte Cassino...

Leandru et Mattu sont totalement coincés et le retour en Corse, ce n'est décidément pas pour tout de suite...

Cum' un cantu di libertaLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant