Échecs au Monte Cassino

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Leandru se demandait combien d'hommes perdraient la vie avant que la guerre ne prenne fin. Chaque jour il voyait tomber toujours plus de camarades, chaque jour, avec les autres soldats français il tuait des dizaines d'allemands. Mais à présent, les choses piétinaient.

Le mois de janvier était bien entamé et les troupes avaient atteint les alentours du Monte Cassino. Son monastère, situé à une altitude de 516 mètres était la clé de la réussite de l'opération envisagée par les Alliés. Il permettait aux allemands de bénéficier d'une excellente visibilité sur la région et d'avoir un dispositif défensif assez intéressant.

Pour faciliter la prise du site, les lieux avaient été bombardés à de multiples reprises quelques jours auparavant et à présent, il était l'heure de lancer l'assaut final. Les français avaient reçu pour consigne d'effectuer une manœuvre de diversion, ce qui devait leur permettre de déborder Cassino par la montagne, au nord-est, pendant que les américains se dirigeraient vers la ville de Cassino et les britanniques vers celle de Minturno. Mais rien ne fonctionna comme prévu. Les allemands répliquèrent et il fallut douze jours aux alliés pour repousser l'ennemi.

Les pertes s'accumulaient de manière dramatique et, à la fin du mois de janvier, alors que les américains étaient parvenu à s'approcher à trois cent mètres de leur objectif, ils ne comptaient plus que huit cent hommes dans leurs rangs, sur les trois mille deux cents engagés dans les combats.

Leandru et Matteu avaient étaient légèrement blessés et écartés quelques jours de la bataille puis, lorsqu'ils reprirent leur place au sein de leur division, les allemands avaient pratiquement récupéré la totalité du terrain qu'ils avaient perdu les semaines auparavant.

- J'en ai marre de cette guerre ! A quoi ça sert de se battre ainsi pendant des jours, perdre presque tous nos camardes pour ensuite les voir revenir ces pourritures et reprendre tout ce que nous avions conquis !

- Ils font comme nous, ils tentent de sauver leur peau. Et de ce que je sais, du côté d'Anzio ce n'est pas plus brillant.

- Quand je pense que je devrais être à Aiacciu, avec ma femme et mon bébé...ça me tue.

- Parce que tu crois que je ne voudrais pas y être moi aussi ? C'est ma sœur je te rappelle !

- Si ça se trouve, elle n'est plus là-bas. Quelle idée aussi d'écrire à ton frère !

- Je ne pouvais pas partir sans lui donner de mes nouvelles. Cela fait un an que j'ai quitté Corti.

- Tu lui as dit où tu te trouvais ?

- Je lui ai juste dit que j'embarquais à Aiacciu.

- Alors il va se rendre en ville et il trouvera Lisa j'en suis certain.

- Et alors ? Au moins il prendra soin d'elle.

- En sachant que je suis le père de son bébé ? Tu rêves Matteu.

- Gabriel a deux enfants je te rappelle.

- Mais l'honneur est plus fort que tout pour vous. Tu étais prêt à me tuer, tu étais prêt à ce que Lisa devienne veuve par ta faute.

- Ah ça suffit ! Ne me parle plus de ça !

On devrait peut-être demander à être relevés tu ne penses pas ?

- Nous avons perdu trop d'hommes. Et puis...nous avons obtenu de bons résultats : nous avons avencé de plus de 15 kilomètres, nous avons capturé plus de 1 200 prisonniers et nous avons réussi à mettre hors de combat une division allemande en entier. Tant que nous sommes victorieux ils n'ont aucun intérêt à nous relever.

Cum' un cantu di libertaWhere stories live. Discover now