Piège (2ème partie)

Depuis le début

Leandru, qui s'était assis sur une pierre, se tourna alors vers Matteu :

- Tu m'as aidé. Encore.

- Ne pense pas que je t'apprécie. C'est à ma sœur que je pense. Et seulement à elle.

- Est-ce une façon pour toi d'ensuite m'obliger à...renoncer à elle au motif que tu m'as sauvé la vie ?

- Ce n'est pas à moi de décider. Lorsque nous pourrons rentrer à Corti, je devrai avoir une conversation avec mes frères.

- Tu sais très bien comment ils réagiront. Et Lisa n'acceptera jamais.

- Cette petite furie...

J'aimerais comprendre. Tu t'en prends à elle pendant des mois et puis...et puis du jour au lendemain, tu...tu...Ah vous allez me rendre fou !

- La guerre m'a fait comprendre bien des choses Matteu. J'ai vécu des situations que je préfèrerais oublier mais je n'y arrive pas et quand j'y repense...je me dis que...que ces conflits, ces querelles stupides entre nos deux familles n'ont pas lieu d'être. Maintenant que nous sommes seuls,...je peux te dire que je sais que ce sont mes frères qui ont fait en sorte d'amener des vaches au village et de leur faire peur pour qu'elles saccagent tout sur leur passage et je sais aussi que c'est toi, avec Gabriel, qui a causé les dommages à la bergerie de ton grand-père.

Et je pourrais continuer longtemps comme cela : toutes les accusations de ta famille sont fausses et celles de mon clan également. Tu ne trouves pas cela ridicule ?

Es-tu seulement au courant de la querelle qui a opposé ma grand-mère à la tienne ?

- Je...oui bien sûr ! Ta grand-mère a tout fait pour empêcher le mariage de la mienne et elle a fait brûler la maison dans laquelle mon grand-père avait prévu de s'installer.

- Tu n'y es pas du tout.

Leandru expliqua alors ce que sa grand-mère lui avait confié au sujet de Sempieru Casaleccia et d'Alba, sa meilleure amie. Matteu le regarda avec des yeux ronds :

- Comment ça, sa meilleure amie ? Tu dérailles ?

- Non. Elles...elles nous protègent Lisa et moi. Elles savent.

- QUOI ? Non...non jamais ma grand-mère ne...

- Pourtant c'est la vérité. Elles ont promis de parler à mes frères et à Gabriel lorsque la période de deuil sera terminée.

Ahuri, Matteu fixa Leandru comme si ce dernier était fou. Mais le sérieux du jeune homme lui fit comprendre que ce qu'il disait était la stricte vérité.

- Il y a encore des choses que j'ignore ?

- Non. Ah,...ma tante, celle qui vit à Corti est au courant également.

- Et...elle a accepté également tes...écarts de conduite ?

- Oui.

- Non mais vraiment !

Furieux, Matteu ne dit plus rien pendant le restant du trajet qui les mena vers la grotte. Et ce n'est qu'en arrivant sur place qu'il se souvint qu'il avait été légèrement blessé durant les combats avec les italiens. Il tenta alors de cacher sa manche couverte de sang mais Simon le vit et il entreprit de le soigner immédiatement. Matteu avait eu de la chance car la balle n'avait fait que l'effleurer. Cet intermède lui permit de ne pas devoir s'approcher de sa sœur mais ensuite, en sentant son regard perçant fixé sur lui il comprit que Leandru avait sans doute évoqué ce qu'il s'était passé durant leur mission.

Il préféra éviter une discussion avec Elisabetta et il choisit d'aller parler avec Basiliu et de ses renseignements erronés.

Cinq jours plus tard, ils apprirent que c'est un homme de Corti qui avait tenté de jouer les agents doubles et qu'il avait finalement été exécuté par les italiens après avoir essayé de leur voler des armes et de la nourriture.

Matteu, Leandru et tous les hommes du groupe eurent également la désagréable surprise de constater la disparition d'un des leurs un matin à la fin du mois de juin. Basiliu, ayant récupéré quelques jours auparavant plusieurs caisses d'armes et de munitions, renforça la surveillance des différents lieux utilisés par le groupe et il parvint à recruter dix nouveaux gars afin de sécuriser la bergerie et la grotte.

A cause des restrictions alimentaires, Elisabetta n'eut pas droit à un repas de fête pour ses dix-neuf ans et Leandru pesta d'être coincé dans la montagne sans aucun cadeau à lui offrir. Mais trois jours plus tard, il eut d'autres raisons de maudire l'occupation de la Corse.

Il avait effectué un tour de garde au petit matin et il s'apprêtait à aller se reposer un peu lorsqu'il aperçut Elisabetta en grande conversation avec Simon. Le visage anxieux de la jeune femme alerta immédiatement Leandru.

- Lisa ?

Incapable de dire quoi que ce soit, Elisabetta se précipita dans les bras de son amant. Ce dernier regarda le médecin avec inquiétude puis comme il restait silencieux, Leandru sentit la panique le gagner :

- Lisa, que se passe-t-il ? Tu es bouleversée.

- Je...nous allons avoir un enfant. 


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J'ai beaucoup hésité sur l'orientation à donner à ce roman. J'espère que je ne vais pas me planter pour la suite et que ça vous plaira quand même. 

Cum' un cantu di libertaLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant