Piège (2ème partie)

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Selon le responsable du groupe de résistants, le pont n'était gardé que par deux soldats italiens. En réalité, il y en avait cinq d'un côté et cinq de l'autre. Il y avait également deux chars et deux camions. Et manifestement, au vu de toutes les précautions déployées par les Italiens, ils n'avaient sans doute jamais eu l'occasion de faire sauter le pont.

Leandru et Matteu se regardèrent avec consternation et ils décidèrent d'un commun accord de rebrousser chemin au plus vite. Malheureusement, dans leur hâte de quitter l'endroit, le frère d'Elisabetta trébucha et son mouvement fut repéré par les soldats qui ouvrirent le feu. Une balle effleura le bras de Matteu et le blessa légèrement. Les deux garçons s'abritèrent derrière deux gros rochers puis ils essayèrent de s'échapper dans la forêt. Mais trois autres italiens surgirent face à eux et les menacèrent de leurs fusils. Leandru et Matteu furent plus rapides et abattirent deux italiens. Le troisième leur échappa et rejoignit le reste des soldats en position sur le pont.

Les deux garçons disposaient de quelques munitions dans leur sac et ils décidèrent de détruire une partie des véhicules italiens. Ils lancèrent simultanément deux grenades qui détruisirent les camions puis ils se ruèrent vers le pont et abattirent les soldats survivants. Leandru et Matteu croyaient avoir tué tous les hommes mais deux italiens s'étaient cachés en dessous de l'édifice et ils les attaquèrent par derrière. Si Matteu parvint rapidement à se débarrasser de son assaillant, Leandru se retrouva plaqué au sol à moitié étranglé par le soldat italien. Déjà affaibli par l'accident dans la forêt, il eut très vite le dessous. Les mains de son adversaire qui serraient son cou avec hargne l'empêchaient de respirer correctement et ses mouvements devinrent totalement désordonnés.

Subitement, le corps de l'italien se mit à convulser et il s'effondra sur Leandru tandis que sa poigne s'affaiblit progressivement.

Le jeune Venazzi réussit à se dégager et c'est avec un certain soulagement qu'il vit Matteu avec un poignard couvert de sang à la main.

Le frère d'Elisabetta venait, à nouveau, de lui sauver la vie.

Leandru se releva lentement puis, il se frotta machinalement le cou. Voilà qu'il était redevable envers son ennemi. Et deux fois à présent.

Il fit un petit signe de tête à Matteu puis les deux garçons décidèrent de quitter les lieux rapidement.

Mais avant cela, ils prirent la peine de jeter un coup d'œil dans la maison qu'occupaient les italiens et ils en sortirent avec de quoi nourrir leur petit groupe pour deux bonnes semaines. Ils prirent également la peine d'emporter avec eux plusieurs armes et munitions et c'est donc très lourdement chargés qu'ils reprirent le chemin de la grotte

Après une bonne heure de marche à une allure qu'ils voulaient la plus soutenue possible malgré leur chargement, ils firent une pause dans la forêt, en veillant à être bien cachés entre deux imposants rochers.

Matteu et Leandru discutèrent un instant du piège dont ils avaient été victimes : Basiliu leur avait répété à plusieurs reprises que malheureusement certains corses prenaient le parti des Italiens et qu'ils étaient prêts à dénoncer leurs compatriotes en échange de nourriture ou d'argent.

Manifestement, ils avaient été victimes de l'un de ces traîtres à leur patrie. Pendant quelques minutes ils vitupérèrent de concert contre celui qui avait donné les faux renseignements à Basiliu.

Les deux garçons savaient qu'ils allaient devoir redoubler de prudence : le corse qui s'était rangé aux côtés de l'ennemi était sans aucun doute de la région. Cela signifiait qu'il connaissait parfaitement Corti et ses environs. Il allait donc être nécessaire de renforcer les patrouilles autour de la grotte et de l'ancienne bergerie.

Cum' un cantu di libertaWhere stories live. Discover now