20. SMITH

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« Les yeux parlent »

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Je dois passer au moins une semaine à partir à droite et à gauche pour des interventions. Tantôt en maison de retraite, tantôt en usine où le matériels est très coupants, et tantôt pour un ramonage. Je multiplie les heures avec Lucas — qui d'ailleurs ne parle plus de son groupe de soutien et l'éventualité d'y faire un tour — Léna et Dany. A vrai dire, je crois que Lucas est perturbé par Léna et par les dernières paroles qu'ils se sont dîtes. Pendant quelques jours, les deux jeunes recrues avec qui nous avons fait connaissance, nous suivent pour mieux évaluer les différentes situations en terrain. Je n'ai pas à m'en plaindre, ils sont sympas.

Cette semaine passée, c'est aussi une semaine à passer sans voir ni même parler à Lucie. Léna m'a raconté hier, puisque apparemment elles se seraient donné rendez-vous pour prendre un verre ensemble, que Lucie a l'air plutôt triste. Comme toujours. Au fond, j'espère que sa tristesse a un lien avec moi. Je joue encore les égoïstes, mais voir le nom de celui qui l'a fait souffrir s'afficher sur son téléphone m'a donné envie de vomir, ou même pire, casser quelque chose.

J'ai conscience d'y être aller un peu fort sur le ton et ma froideur, en la laissant rentrer chez son père après une si bonne journée. Mais j'ai préféré  la fermer que dire quelque chose que je regretterai encore.

Aujourd'hui, il fait étrangement chaud, lourd même. Nous sommes le neuf juin et l'été approche à grands pas. J'aime cette saison. J'aime le soleil et ses couleurs. Si bien, qu'aujourd'hui, comme nous sommes samedi, je me mets courir pendant un temps plus long que d'habitude. Je ne m'arrête pas au petit marchand de glace comme la dernière fois, de risque de rencontrer mon ennemie juré. Non, je vais plus loin. Je repousse mes limites, toujours.

En arrivant sur un carrefour, je sens mon portable vibrer contre ma peau. Oui, aujourd'hui, j'ai essayé quelque chose de nouveau. J'ai accroché mon téléphone à mon biceps droit et j'ai téléchargé une application qui me permet de savoir le nombre de pas que je fais, mon rythme cardiaque, combien d'énergie je dépense, et pleins de détails de ce genre.

Je regarde qui est l'auteur de mon nouveau message tout en continuant de courir et vérifier devant moi. Mais vérifier ne fait pas tout, la preuve, je percute quelqu'un de plein fouet. Tandis que je me préparer à devoir faire des excuses, je reconnais cette voix familière.

— Putain mec, je pensais pas que tu avais pris autant, jure Paul.

Je reprends mon souffle, en tentant d'analyser la scène. En regardant attentivement le moindre détail, je m'aperçois que Paul respire d'une façon beaucoup trop rapide, et il tient son manteau déchiré tout contre son abdomen. Sans même attendre une minute, qu'il ne me l'autorise ou pas, je retire de force son manteau. Son t-shirt est tâché de sang et sa main aussi. Son torse se soulève anormalement et j'arrive à en déduire qu'il a été touché à l'abdomen. Putain de merde !

— C'est rien, t'inquiète. J'ai de la chance d'être tombé sur toi, il murmure.

Je le regarde en fixant mes yeux dans les siens, qui commencent à faiblir. Son équilibre vacille et je ne réfléchis pas une seconde de plus. Je passe un bras autour de sa taille, pendant que lui, passe son bras autour de mes épaules pour s'y appuyer.

— Tu te sens prêt pour au moins dix kilomètres de marche ? je lui demande.

— Tu ne peux pas m'emmener à l'hôpital, les médecins vont trouver ça louche et ils vont me poser un tas de questions auxquelles ils ne doivent pas avoir la réponse. Alors, je te suis, il conclue.

J'amorce quelques pas, puis, en voyant qu'il réagit plutôt bien à ma vitesse de marche, je continue jusqu'à ce qu'on atteigne mon appartement. Heureusement, personne ne m'attend en bas, et aucune personne habitant dans mon immeuble ne semblent y rentrer ou en sortir. La voie est libre.

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