Convalescence mouvementée

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Heureusement pour Elisabetta, Simon revenait à la grotte lorsqu'il vit accourir devant lui deux hommes totalement affolés et son cœur manqua de s'arrêter lorsqu'il vit Leandru, recroquevillé en pleurs devant la caverne, tenant contre lui le corps inanimé de la jeune femme.

Le médecin transporta Elisabetta à l'intérieur de la grotte puis, il demanda à un homme de s'occuper de Leandru. Mais ce dernier refusa et, en se tenant son épaule ensanglantée, il suivit d'un pas hésitant le médecin et il s'allongea à côté de l'endroit où Elisabetta avait été amenée. Jules, un gars venant de Ponte Leccia et qui avait servi comme infirmier lors de la brève campagne de 1940, s'occupa du jeune homme.

Leandru semblait insensible à sa propre douleur : pendant les heures qui suivirent, il regarda Simon extraire la balle qui avait touché Elisabetta tandis que Jules s'occupait de son épaule.

Matteu tenta de venir au chevet de sa sœur mais Leandru explosa de rage lorsqu'il le fit et le jeune Casaleccia sortit précipitamment de la grotte pour aller s'isoler dans un coin.

Il se mit alors à pleurer : il ne voulait pas blesser sa sœur bien entendu mais jamais, jamais il n'aurait imaginé qu'elle puisse s'interposer.

Matteu songea alors aux paroles d'Elisabetta, de son cri de désespoir révélant ses sentiments pour Leandru Venazzi. Quand était-ce arrivé ? Quand avait-elle changé d'avis à son sujet ? Il se rappelait pourtant que sa petite sœur ne cessait de l'insulter, surtout après l'épisode du verger.

Que s'était-il passé pour qu'Elisabetta finisse par considérer Leandru autrement que comme un ennemi de sa famille ?

Matteu n'arrivait pas à imaginer une telle infamie. Et pourtant, il y avait ces regards que les deux jeunes gens s'échangeaient lorsqu'Elisabetta soignait Leandru et il y avait eu les cris et les pleurs de ce dernier lorsque la jeune femme s'était écroulée sur le sol...

Matteu réfléchit alors aux paroles de sa sœur : elle avait dit que Leandru n'avait pas tué Jean. Comment pouvait-elle l'affirmer avec autant de certitude ?

Jean s'était-il rendu à Ponte Leccia parce qu'il avait surpris sa petite sœur en compagnie d'un ennemi de son clan ?

- Tu devrais rentrer, il commence à faire froid et tu n'es pas de garde cette nuit.

Matteu se tourna vers Jules qui était venu le rejoindre avec une couverture à la main.

- Ma sœur...

- Simon dit qu'elle va s'en sortir. Mais...tu ferais bien de la laisser tranquille. Basiliu est au courant, il...il a demandé à te parler demain matin.

- D'accord.

Comprenant qu'il avait intérêt à faire profil bas, le jeune Csaleccia entra à nouveau dans la grotte et, avant de se chercher un autre coin pour dormir, il jeta un coup d'œil vers l'endroit où était allongée sa sœur.

Leandru lui tenait la main et il ne cessait de lui parler : il avait les larmes aux yeux et Elisabetta était incapable de détacher son regard de celui du jeune homme.

Matteu secoua la tête : c'était impossible, il ne pouvait pas laisser sa sœur fréquenter cette ordure. Bon dieu, elle avait décidé de se sacrifier pour lui quand il avait tiré.

Que lui avait-il promis pour qu'elle perde la tête à ce point ?

Ou peut-être...il la menaçait ?

Non...non il connaissait ce regard, celui qu'Elisabetta avait lorsqu'elle dévisageait Leandru Venazzi. Carla avait exactement le même avec lui.

Matteu ne dormit pas de la nuit : à intervalle régulier il entendait les pleurs de sa sœur et il se sentait terriblement honteux d'être responsable de sa blessure. Si son père était encore en vie, nul doute qu'il lui aurait donné une sévère correction.

Cum' un cantu di libertaWhere stories live. Discover now