Chapitre 16 - L'eyrienne

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 L'établissement d'Hilda la forgeronne avait une réputation qui n'était plus à refaire. Ses créations n'étaient pas seulement vendues dans l'enceinte de Fylog, mais dans de nombreux pays de Memtis. On pouvait facilement reconnaître la patte de cette artiste, sa petite griffe sur le bas de la lame, ou sur le pectoral de chaque armure, gage de la qualité du produit. À soixante–cinq ans, elle n'avait plus rien à prouver à personne. Ses cheveux gris noués en arrière pour ne pas la gêner étaient le seul signe qui pouvait trahir son âge. Son corps était svelte et musclé, son visage souriant et sa démarche, toujours enjouée et pleine d'énergie. Et de l'énergie, elle en avait besoin pour cette commande si particulière.

Elle était perplexe au début, voir le champion, un client de longue date, débarquer avec une eyrienne était déstabilisant. Hilda avait connu plus de rixes avec les eyriens du Clos que Gildur dans sa vie et se méfiait éperdument de tout ce qui portait une apparence quelque peu animale. Il avait cependant fait clairement comprendre que ce n'était pas quelque chose sur lequel il fallait s'attarder, sous peine de s'attirer les foudres d'un nain blessé et ragaillardi. Elle acquiesça, et ouvrit de grands yeux en entendant la demande du nain, et les quatre cents clinquants écus que l'eyrienne rassembla sur le comptoir provenant de sa bourse.

Un sabre en Valerus. Un Katanga qui plus est, ces épées effilées conçues par le clan Hitotsu dans la toundra enneigée du pays de Llend, a l'autre bout du monde. Hilda avait pu en manier deux, et en réparer un seul des deux dans sa vie, c'était des armes très spécifiques. Mais en Valerus. Comment pouvait–elle refuser une offre pareille ? Ce métal sombre qui gisait dans les lacs du Clos résultant de la fusion du magma du volcan sous le Clos avec le lac Luna, béni par Ashmore. Solide comme la plus dure roche d'un volcan, tranchant comme le plus aiguisé des rasoirs, léger et souple comme de l'érable. C'était un acier pur, le sang ne tachait même pas la lame, qui finissait par s'écouler jusqu'à redonner son éclat à la lame noire.

Ça faisait des jours qu'elle travaillait dessus. Et elle avait terminé. Enfin. Cette garde impeccable. Cette lame si parfaite. C'était un de ses chez d'œuvre. La naine tendit la lame à l'eyrienne, encore dans son fourreau. Elle la prit avec précaution, reconnaissant la valeur de ce qu'elle avait entre les mains.

– Au moins tu ne peux pas dire qu'en travaillant avec moi tu es mal payée, dit Gildur en riant.

– Je n'aurai jamais cru... Ne serait–ce que voir un jour une arme comme ça... Je ne suis clairement pas en position de me plaindre, là.

– Parfait alors ! Elle est à vous ! dit Hilda en frottant ses mains.

Saralyn accrocha la lame à sa ceinture et la sortit à moitié de son fourreau, maniant la lame lentement pour ne blesser personne, appréciant la perfection de l'arme qui était sienne maintenant. Hilda se sentit emplie de fierté, c'était de très loin un de ses plus grands défis, mais à la fois une de ses plus belles réussites.

– Magnifique, constata simplement Saralyn. Merci.

– Mais ce n'est rien, dit Gildur d'un geste de la main. Oh et Hilda, il lui faudrait autre chose à se mettre à part sa tunique. Estampillé de la maison Grinnr.

– Quelque chose de léger, j'imagine ? demanda–t–elle en regardant sa tenue initiale.

– Plutôt oui. Et de souple pour que ça ne me gêne pas quand je marche à quatre pattes, précisa l'intéressée.

La naine ouvrit la porte de son arrière–boutique et s'y attarda quelques minutes avant de revenir avec une armure de cuir elfique un peu poussiéreuse, mais en parfait état.

– Tiens. On dirait l'armure que portait Valhna quand elle était encore à Vilseraie. Note Gildur.

– Précisément. Les elfes sont des maitres dans la confection d'armures légères, mais efficaces. Je leur ai piqué de leur savoir pour créer de rares échantillons de ces armures, et c'est ma dernière dans ce genre.

Memtis - Le ChampionWhere stories live. Discover now