Chapitre 13 - Le traité

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 Il s'était écoulé une semaine depuis le conseil. Aaron, Gildur et les soldats de l'unité la plus entraînée étaient en route vers Reyvadin, au nord–est d'Alara. La décision avait été hautement contestée, et beaucoup pensaient qu'effectivement le roi nain se jetait dans la gueule du loup. Il avait fait taire ces contestations avec une sévérité peu commune pour ce roi habitué si calme. Godric avait insisté pour accompagner son ami au sommet, mais ce dernier refusa. Il savait le risque qu'il courrait en allant là–bas et il avait besoin de quelqu'un pour gérer les armées si jamais il lui arrivait quelque chose. Il disait également avoir toute confiance en Gildur pour mener à bien l'expédition.

Et pourtant c'était le cœur lourd que Gildur suivait le corps d'armée à dos de rampant en armure de plaques, la rare cavalerie existant en Erob. Ils étaient en train de travers la frontière entre la côte ouest et les montagnes. Incapable de se résoudre à penser qu'il avait fait le bon choix en laissant Aaron prendre sa décision sans se battre davantage, il pensait au contraire qu'il avait eu peur, et qu'il n'avait pas été capable de s'opposer à son roi au moment opportun. Il ne dormait que peu, voir pas du tout et ce à chaque étape de leur voyage, tourmenté par ce choix impossible auquel il ne pouvait rien faire. Et pourtant Seskis avait raison, que pouvait–il y faire ? C'était son choix, et il aurait surement réagi de la même manière. Et pourtant il ne pouvait pas s'ôter de l'esprit le visage meurtri par l'inquiétude de Fehlna, et particulièrement d'Aldéas et Amber quand leur père avait annoncé son voyage.

Ils firent une première pause, après quelques jours de marche, à Alara, où les villageois enthousiastes à l'idée que les nains leur apportaient l'espoir d'une trêve qu'ils attendaient depuis cinq ans, les avaient logés et nourrirent. Ils étaient sur le point d'organiser une fête quand Aaron leur demanda de calmer leurs ardeurs, ne pouvant même pas donner de pronostic quant au déroulement des négociations. Les Alariens ont néanmoins pu confirmer le récit de l'informateur : Cela faisait plusieurs jours qu'on n'avait pas vus ne seraient–ce qu'un éclaireur portant le blason de Reyvadin ou de la maison Duncan dans les environs. Ils devaient être réellement occupés par la rébellion sur leur territoire, même si Gildur ne pouvait s'empêcher de penser qu'ils pouvaient tout aussi bien être embusqués le long du chemin qu'il leur restait à faire. Ils repartirent cependant dès le lendemain et après quelques jours de route qui s'étaient passés sans encombre, au grand étonnement du champion, la cité de Reyvadin était en vue. Son fort avec ses trois tours en marbre surplombait une ville riche et jonchée de belles maisons en pierre blanche construite le long d'une colline. Il n'y avait pas de mur d'enceinte pour protéger les alentours, mais de nombreuses tours de guet encerclant la ville veillaient à ne laisser passer aucun indésirable.

Au fur et à mesure que les nains s'approchaient de la ville, les gardes se faisaient plus présents et plus nombreux au niveau de la grande route principale qui amenait de l'extérieur de la ville a l'agora, plus au moins au centre de la colline puis enfin au fort, à son sommet. Un simple coup d'œil de Gildur lui suffit pour se rendre compte que tous les archers postés aux tours de guet avaient une flèche encochée, mais pas en joue cela dit. Si ce sommet était un traquenard, il n'était certes pas discret, mais il serait mortellement efficace.

C'est avec un regard mauvais que les gardes laissèrent passer les membres du petit peuple, et ce n'étaient pas les seuls à les dévisager ainsi. Au fil de leur avancée dans la ville les habitants qui s'étaient cachés aux coins des rues, a leur fenêtre ou même ceux qui étaient descendus directement dans la rue regardaient avec dégoût ou suffisance ce qu'ils considéraient être leur plus grand ennemi. Gildur ne s'offusqua pas, sachant mieux que quiconque qu'une population n'est pas responsable et surtout plus souvent victime des dégâts collatéraux d'une guerre. Dans ce genre de situation, il était naturel, et salvateur, de rejeter la faute sur une masse qui nous faisait effectivement du mal. Mais il ne put s'empêcher de se sentir mal à l'aise et préféra abaisser la visière de son casque en avançant.

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