Chapitre 32 : on se dit juste au revoir. Tu le sais, ça ?

Depuis le début

Erwan et Maël nous conduisent tous à Quimper. Sans surprise, je monte avec les trois qui vont repartir. Leur père les embrasse brièvement et nous laisse entre jeunes. En plaisantant, Conan suppose surtout qu'il va aider son épouse en cuisine en vue du dîner.

—Que veux-tu, ma puce ? Tu as mis la barre très haute hier. Je pense que chacun de ceux qui te recevra va être face à un sacré défi.

Je rougis un peu avant de préciser :

—Ce n'était pas du tout pour en mettre plein la vue à qui que ce soit. Mais cuisiner pour vous tous, c'est, je ne sais pas, ma façon à moi de vous montrer à quel point je vous aime tous.

—Vraiment ? Alors ne t'arrête pas, ... de nous aimer, si ça te fait cuisiner de telles merveilles.

—C'est gentil ce que tu dis là. Tiens, pour la peine.

Je sors de mon sac quatre boîtes aluminium. Chacune contient un assortiment de biscuits. En dépit de l'appétit pantagruélique de Tristan, il en reste pour chacun.

Je tends la quatrième à Gwendal.

—Tu voudras bien donner celle-ci à ta maman ? Je n'ai pas encore trouvé d'autre façon pour la remercier de tout. De ses cadeaux, de sa lettre, de notre discussion, de son invitation.

Soudain, mes biscuits me paraissent dérisoires, mais le sourire de mon cousin me dit autre chose.

—Elle va en être ravie, m'assure-t-il. Et touchée que tu aies pensé à elle. Quant à moi, je t'aime d'autant plus. Sans quoi je me serais senti obligé de lui donner des miens.

Je ris avec lui avant de murmurer que j'ai chargé son paquet en langues de chats. Celui de Soizig en palets à la pistache, et pour Conan, des cookies au citron confit en pagaille. J'ai bien vu sa façon de les repérer au milieu des autres biscuits pour les engloutir.

Il me confirme la justesse de mon choix d'un baiser sur le front tout en me serrant contre lui avec force. Il m'entraîne à l'écart de quelques pas.

—Je te dois des excuses, ma puce. Je sais que je les ai faites samedi. Mais je veux que tu en sois convaincue. Je suis désolé de t'avoir mal jugée avant de te connaître, d'avoir cru que tu étais sa fille à Lui, en oubliant que tu avais son sang à Elle, donc le mien, dans tes veines. J'ai peut-être été le plus sceptique de tous au départ, mais je te suis le plus dévoué désormais. Je sais que chacun d'entre nous te dira la même chose, avec la même sincérité. Mais je voulais juste qu'il n'y ait aucun doute dans ton esprit. Tu as mes numéros. Tu as intérêt à t'en servir, à n'importe quelle heure, pour n'importe quelle raison. Et si grand-mère te paraît trop stricte, trop sévère, dis-le moi, j'ai un tout petit peu de poids auprès d'elle. Je suis l'héritier premier du nom après tout. J'aimerais tellement ne pas repartir, ou t'embarquer avec moi. Te présenter à tous mes potes... Ou pas. Parce que si je le faisais, je serais obligé de casser la figure à la moitié d'entre eux pour leur apprendre à garder leurs yeux dans leurs poches. Mais je m'en fous. J'aimerais t'emmener quand même. On mettra ça en place aux prochaines vacances, promet-il.

Je me renfrogne et il le remarque aussitôt.

—Sauf si tu n'en as pas envie, nuance-t-il, plus sombre.

—Tu es bête ! Je lui envoie une bourrade pour l'en convaincre. Mais je crois que tu oublies un petit détail qui a son importance... Mon père

—Eh bien quoi, ton père ?

—Tu sais comme moi, peut-être même mieux que ce que je parviens à formuler clairement, tous les moyens qu'il a mis en œuvre pour que nous n'ayons aucun contact. A vous, il a fait croire que je ne voulais pas de vous, à moi que vous n'existiez pas ! Et tu crois qu'il va donner sa bénédiction pour des vacances tous ensemble ce genre de choses ?

—Probablement pas. Mais si tu y réfléchis autrement. Tu penses que tes oncles vont laisser faire sans réagir ? Avec le temps qu'il nous a volés, les mensonges qu'il a proférés, tout ça. Je suis sûr que les garçons sont sur le pied de guerre. Moi je le suis en tous cas. Arzh aussi certainement. Je pense que son arrivée en août va se faire dans une drôle d'ambiance. Mais on sera là, assure-t-il en me raccompagnant auprès des autres.

Soizig me chahute, mais je sais que c'est sa façon de masquer ses émotions. Son frère, par contre, ne fait pas mystère de son état.

—Je ne veux pas repartir, confesse Gwendal.

—Et je n'ai pas envie que tu repartes. Aucun de vous. J'aimerais que ce week-end dure toujours, être sûre qu'on va se retrouver très vite.

—Eh, puce. On se dit juste au revoir. Tu le sais, ça ? intervient Conan en soulevant mon menton entre ses doigts. On va se mettre en quatre pour être là souvent. Et puis tu vas avoir plein de points de chute. Et puis tu as nos numéros, mails, tout ce qu'il faut pour qu'aucun d'entre nous ne te laisse disparaître de nouveau. Ca n'arrivera pas. Tu m'entends ?

—Vous m'appellerez en arrivant ? Tous ?

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