Coma 8

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Je m'avance lentement vers elle. Par réflexe, elle recule en gardant la distance. Son regard est interrogateur, curieux même. Le mur du couloir arrête son recul et je me retrouve tout près d'elle. Je sens son parfum de vanille et de caramel. Je capte le bleu de ses yeux. Sa respiration est plus rapide, je l'entends, je vois sa poitrine se soulever sous son t-shirt moulant. Depuis mon réveil, je ne l'ai jamais regardée comme en cet instant. Je découvre ses formes et des idées se forment dans mon esprit. Confuses, encore. Des flashs plutôt. Du bout d'un doigt, je prends contact avec sa main. Je suis du regard son trajet. Remontant un doigt fuselé et élégant, il finit sur le dessus de sa main, rejoint par ses frères. J'expérimente le grain de sa peau, doux, velouté, incomparable. 

Arrivée sur son poignet, je poursuis mon trajet. Lentement. Je capte du coin de l'œil ses lèvres entrouvertes, son souffle chaud et court. Je suis perturbée par l'effet que je semble lui faire. Ce contact est somme toute anodin, non ? Je prends conscience du rythme de mon propre cœur. Il ne semble pas d'accord avec moi. J'ai atteint le tissu et ne peux poursuivre mon trajet. Elle ne bouge toujours pas et mon esprit me suggère nombre d'idées pour résoudre mon problème. L'une d'elles semble avoir sa faveur et ma main refait le trajet inverse pour atteindre le bas de son t-shirt.

J'anticipe ce qui se passera ensuite et je sens que je panique. Ma main se pose finalement sagement sur sa hanche. Je devrais me reculer mais mon corps cherche son contact et se rapproche millimètre par millimètre. Sa main vient à son tour se poser sur ma hanche, comme une invitation à poursuivre. Le contact est léger mais réel. Nos corps s'épousent, lentement, naturellement. Son bras m'enlace un peu plus à chaque seconde. Je dépose mes lèvres sur sa joue. Mon ventre réagit immédiatement. Un mélange de tension, de manque à combler. 

Mon cerveau s'affole, je ne sais pas ce que je fais. Mais mon corps lui en veut plus. Je parsème sa joue de légers baisers. Imperceptiblement, chacun me rapproche de sa bouche et je prends conscience de ce que je veux. J'arrête mon manège. Un gémissement protestataire me ramène à elle, à son visage, si doux et si fin. Je pose ma main libre sur sa joue. Mon pouce teste sa douceur. Ses yeux se refusent à moi, pour dévorer mes lèvres. Alors qu'elle se mordille la lèvre inférieure, un afflux d'adrénaline pousse ma main vers sa nuque et l'invite à se rapprocher encore.

Elle ne se fait pas prier et je sens son souffle, plus présent à chaque seconde sur ma bouche humide. Le contact est doux, lent, léger et chaud comme une brise d'été. Moelleux aussi. Savoureux. Sa main se crispe sur mon dos, elle se fait plus exigeante. Sa langue quémande un passage. Je romps le contact. J'ai besoin de respirer. Physiquement. Mentalement. Elle se mord la lèvre à nouveau. Mais son sourire est chaleureux. Elle ne m'en veut pas de ma reculade. Ses yeux s'humidifient lentement alors que nous sommes toujours corps contre corps. Notre premier baiser se solde par un sourire et des larmes. 

Un désir irrépressible de chasser ces larmes me porte à nouveau contre ses lèvres. Je cherche à mon tour le passage, qu'elle m'offre sans détour. Nos langues se rejoignent pour un premier contact tout en timidité. Une explosion de sensations qui, du bout de la langue, traverse tout mon corps et me pousse à me fondre en elle, bouche contre bouche, corps contre corps. Je ne maîtrise rien. Le baiser perd en douceur pour gagner en intensité. Nos langues se cherchent et se trouvent, à présent, sans pudeur ni prudence. Je sens sa main s'insinuer sous mon t-shirt.

De surprise, je quitte sa bouche et pose ma main sur son poignet. À cet instant, je suis perdue. Je ne sais plus ce que je veux, ce que je ne veux pas. Ce que je peux faire, ce que je ne peux pas. Sa main quitte lentement ma peau et je sens un vide immense m'envahir, une boule d'angoisse au creux de ma gorge. Sa voix me ramène à elle :

– Doucement, Jordan. Tout va bien. On a tout le temps.

Je n'arrive pas à lui parler. Toute ma volonté est concentrée sur un seul objectif : éviter de pleurer. Pourquoi ? Comment ? Je ne comprends pas cette réaction. Tout allait bien et tout va de travers.

– On finit la visite ? Tu n'as pas vu ton bureau.

Comment peut-elle être aussi calme ? À bien la regarder, elle ne l'est pas tant que cela. Son souffle est toujours trop rapide, son regard reflète son inquiétude. D'accord. Je ne panique pas et j'emprunte la porte de sortie qu'elle m'offre.

La roue du destin - Coma !Là où vivent les histoires. Découvrez maintenant